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CA VA MAL FINIR - LIVRE

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CA VA MAL FINIR - LIVRE

Message par Joss le Ven 29 Fév 2008 - 18:32

Ca va MAL FINIR, et c'est à DROITE qu'on le dit !

"Ca va mal finir", par François Léotard, Grasset, 138 pages, 10 euros.

Au cours de leur vie politique, les deux hommes se sont croisés et appréciés. Mais aujourd’hui François Léotard, qui publie chez Grasset un texte au titre sans équivoque "Ca va mal finir", dresse un réquisitoire impitoyable sur l’action du Chef de l’Etat.



François Léotard, ancien ministre de la Culture et de la Défense

Extraits :

François Léotard : "Depuis que tu es à l’Elysée je suis inquiet"


Ca a débuté comme ça. Une élection, une fête, du Champagne. Et du chiffre d'affaires au mètre carré. C'était pétillant. Je n'allais pas bouder mon plaisir puisque j'avais voté pour lui. [...]

Naturellement mon cote gaulliste avait quelques regrets. La France prenait des allures de grande surface, et parmi les candidats mon produit était en tête de gondole. La publicité et les promesses s'accompagnaient l'une l'autre comme deux petites voleuses qui font les sacs à main. Ensemble tout était possible. J'étais heureux qu'on soit ensemble. C'est étonnant comme on aime à croire ce qui n'est pas croyable.

Il a fallu plusieurs mois pour entendre parler de faillite. L'homme de Matignon, Mon le velouté, s'était laissé aller. Faillite ! C'est un mot que l'on aurait aimé entendre au mois de mars, avant l'élection... Au moment des giboulées. On s'y serait fait. Moi, je pensais à Churchill : "Je n'ai à vous offrir que de la sueur, des larmes et du sang." Et Londres bombardée tous les soirs. Nous, on allait très bien. Merci. La dette faisait à peu près l'équivalent du budget de l'Education nationale. Les intérêts seulement ! Pas le capital. Je me disais : ça va être bien. On pourra faire deux fois plus de lycées... Il suffira de rembourser ce que nous devons, de revenir à l'équilibre et le tour sera joué ! D'autres le font autour de nous. C'aurait été une promesse de grande qualité. Un millésime rare au rayon de l'œnologie politique. J'avais oublié que la dette, c'est comme la morphine : du bonheur immédiat ! On a donc choisi la béatitude. [...]

Dès le lendemain on ne fut pas déçu : la retraite monastique bercée par le clair de lune sur un scénario de Fitzgerald, le clapotis des flots au large de Malte, puis aussitôt après le déferlement des milliardaires, la chasse aux nigauds baptisée modestement "ouverture", les infirmières bulgares, le drapeau tricolore relooké par Prada, les intermittences du cœur sous les ombrages de la Lanterne, un gouvernement tétanisé par les engueulades, les escapades à Saint-Tropez, enfin les bien-aimés du pouvoir, le gratin du Bottin mondial : Chavez, El-Assad, Kadhafi, Poutine... les cancres du passage en terminale de la démocratie. Je commençais, petit à petit, à bouffer mon bulletin de vote. [...]

Sarkozy, c'est Glenn Gould en moins délicat. Il joue avec les mots sur son piano. Un artiste. Comme l'interprète canadien, il accompagne ses partitions de soupirs, de mouvements du visage qui donnent à la pièce jouée la permanente allure d'un chef-d'œuvre. Mais ce n'est pas du Bach.

Prenons l'exemple de ses rapports avec la police. Ils ont séduit une droite qui ne plaisante pas avec ces choses-là, ils ont alimenté ses nombreux discours, et sans doute, comme pour tous les enfants, marqué son parcours. Voilà une institution qu'il aime. Il s'y plaît. [...]

Sarkozy ne parle pas de la police. Il est la police. Il est l'ordre. L'ordre seulement, mais l'ordre complètement. Sa doctrine est faite : les loubards des banlieues n'ont pas de problèmes sociaux, ni de logement, ni de culture, ni d'emploi. Les pédophiles n'entrent pas dans la catégorie de l'acquis mais dans celle de l'inné, les récidivistes que la prison a largement amochés doivent y retourner le plus vite possible. Ils ont été jugés ? Aucune importance. Pour le même délit, déjà purgé, on va inventer 'un suivi' en milieu fermé, c'est-à-dire une deuxième prison qui s'ajoute à la première, mais sans jugement. A quoi bon ? C'est l'Etat qui doit décider, c'est-à-dire l'exécutif, c'est-à dire la police. Il semble que notre président n'ait lu ni Tocqueville, ni Montesquieu, ni Benjamin Constant, il semble que la séparation des pouvoirs lui soit une énigme. Si l'on rend la justice Place-Beauvau, ce sera plus rapide. Et surtout plus près de l'Elysée. [...]

On se souvient qu'il répétait volontiers qu'on ne faisait appel à lui que dans les moments désespérés. Alors il arrivait, soulevait le RPR et l'exaltait en quelques jours, redressait le budget de la nation, rendait à la police la confiance qui lui manquait. [...]

C'est vrai, on aurait dû se méfier. Dans le monde sauvage des animaux politiques, il ne faut pas être sur le passage d'un prédateur. Je le sais, j'ai traversé imprudemment la savane. Chirac était un carnassier débonnaire. Avec lui, on était mort, mais c'était sans rancune. Chacune de ses victimes, antilope déchiquetée et consentante, devenait digne d'une amitié nouvelle définitivement inoffensive. Avec Sarko, c'était différent. Le fauve avait - si l'on peut dire - une mémoire d'éléphant. Un jour, me parlant justement de Chirac, il m'avait dit : "François, n'oublie jamais ceci : je suis fidèle à mes ennemis." J'en ai encore froid dans le dos. L'ouverture n'a rien changé à cela. Elle donne à la victime un côté comestible qui la fait s'aplatir avec une docilité déconcertante. La douceur de Jack Lang dans ses approches concentriques du pouvoir fait penser aux roucoulements des pigeons qui ne voient pas, dans la casserole, les olives dont ils seront bientôt entourés. [...]

Et je crains que la belle histoire qui nous est racontée du haut de l'Elysée ne se termine mal. Parfois je ne peux empêcher un certain malaise de venir en moi. J'essaie de le chasser et il revient. Je prends un livre et ça revient de plus belle. [...]

Depuis que tu es à l'Elysée je suis inquiet. Qu'est-ce qui t'a pris exactement ? Je lis dans un journal que désormais la police française arrête des enfants... J'ai suivi avec consternation le morceau de Grand-Guignol qui t'a mis dans les bras de Kadhafi... J'apprends que tu as une «plume» qui te fait dire des bêtises... Il paraît que tu n'écoutes plus ceux qui t'entourent... Tu aurais même traité mon ami Martinon d"'imbécile"... Et ce pauvre Mon avec ses beaux yeux de labrador... C'est pas bien tout ça, Nicolas. Je te le dis parce que nous avons grandi ensemble. [...]

Et puis ces histoires d'ADN pour le regroupement familial, ce n'est pas toi ! Tu t'es fait déborder par quelques malades de l'UMP Des frénétiques... [...]

Tu as eu raison de citer Guy Môquet. Cette jeunesse-là, intacte et fervente, qui s'abat d'un seul coup, laissant derrière elle le grand silence du courage, cette jeunesse-là, elle est belle et sans doute plus belle que la nôtre... J'aurais aimé qu'à côté de Guy Môquet tu cites Aragon, celui de 'l'Affiche rouge'. Parce qu'il parle de Manouchian et que le poème d'Aragon est lové dans l'écriture de la dernière lettre du futur fusillé. Pourquoi dis-je cela ? Parce que ces étrangers "mais nos frères pourtant" ont davantage honoré la France que ces "bons Français" qui tranquillement la salissaient à Vichy. Parce que ce sont souvent des étrangers qui ont aimé notre pays plus que nous ne l'avons fait. Parce qu'ils portaient "des noms difficiles à prononcer", parce qu'ils considéraient que peut-être dans le mot France il y avait un désir de droit et - qui sait - une résistance cachée.

Lire également :

César et Brutus - Jean-François Kahn

François Bayrou - LA REPUBLIQUE EN CAUSE
Jean Peyrelevade - Vers une dégradation économique continue

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Re: CA VA MAL FINIR - LIVRE

Message par Joss le Mer 5 Mar 2008 - 6:38

INTERVIEW "LE PARISIEN" A PROPOS DU LIVRE-PAMPHLET :



Léotard : « Il y a des moments où on a envie de crier » Propos recueillis par Frédéric Gerschel, Dominique de Montvalon et François Vey

mercredi 05 mars 2008 | Le Parisien



Ancien président de l'UDF, aujourd'hui retraité de la politique, François Léotard signe un pamphlet incroyablement violent contre Nicolas Sarkozy. En mai 2007, il était pourtant l'un de ses plus ardents supporteurs.

EX-MAIRE de Fréjus (Var), ancien ministre de la Défense, François Léotard - qui fut, dans les années 1980, le chef de file du courant libéral - publie chez Grasset « Ça va mal finir » (137 pages, 10 € ). Le pamphlet passionné, cruel et amer d'un homme déçu : « J'ai voté Nicolas Sarkozy, écrit Léotard, mais je dors mal depuis. » Aujourd'hui, il a monté une petite entreprise de conseil à Fréjus pour aider les grosses PME à se développer au Maghreb.




Quel événement vous a amené à prendre la plume ?


François Léotard. J'en citerai deux. Le premier, c'est une forme de vraie désinvolture vis-à-vis de l'Union européenne. On emprunte un mauvais chemin en France quand on n'a pas la patience et l'humilité que nécessite la construction européenne. Le second, c'est l'attitude générale vis-à-vis des étrangers. Quand on rassemble les morceaux du puzzle et qu'on examine toutes les décisions prises depuis neuf mois - je pense par exemple aux tests ADN -, comment ne pas parler de xénophobie ? Une situation dommageable pour l'image de la France, et terriblement injuste pour tous ceux qui sont victimes de ces mesures. Pourquoi 25 000 expulsions de sans-papiers par an ? Arrêter des enfants, les séparer de leurs parents, ça, ce n'est pas la France.

Vous critiquez aussi une politique économique qui, écrivez-vous, fait l'impasse sur les dettes du pays...


Je l'avais dit avant l'élection. On ne pourra pas en France diminuer à la fois la dette et l'impôt. Prétendre cela, c'est un mensonge. Le « paquet fiscal » - qui coûte près de 15 milliards d'euros par an - a été une erreur analogue à celle qu'avait commise François Mitterrand au début de 1981 en faisant déjà fi de la réalité économique et de l'état des finances publiques. A un certain moment, à un certain niveau, il faut tourner le dos à la démagogie.

Vous fustigez aussi le règne de l'argent roi...


L'ostentation dans la dépense, la légèreté vis-à-vis de situations individuelles très douloureuses : je crains que tout cela ne fasse resurgir une forme de lutte des classes. Déjà, je constate l'apparition d'un véritable prolétariat étudiant.

Pour vous, Nicolas Sarkozy ne s'inscrit pas dans la tradition de hauteur et de distance de ses prédécesseurs...


J'ai écrit dans ce livre une lettre au général de Gaulle, qui est évidemment une interpellation adressée à l'actuel président. Pas un mot dans la vie du général sur sa famille, sur l'argent, sur la religion...

On a changé d'époque !

Sans doute. Mais est-on pour autant obligé d'en épouser tous les travers ? Dans l'entourage du président, on évoque volontiers sa capacité à transgresser. C'est tout le contraire. A quoi assiste-t-on, sinon à la soumission à l'air du temps ?

« Il y a autour de lui une grande servilité »


Le président manquerait de culture, d'épaisseur... Quand vous voyez la façon dont le président a réagi à la décision du Conseil constitutionnel sur la rétention de sûreté, une évidence s'impose : son attitude est totalement en rupture avec l'ensemble de la pensée libérale française. L'important pour moi, c'est le respect du droit, de la personne humaine, la non-rétroactivité des lois. Montesquieu évacué, Tocqueville ignoré, Raymond Aron oublié... Sarkozy n'a rien ouvert. Le livre, pour lui, c'est moins urgent que le pouvoir.

Nicolas Sarkozy, vous le connaissiez bien. Et vous avez l'air de le découvrir...


... On avait même des liens de sympathie ! Disons que, peu à peu, depuis le ministère de l'Intérieur, sa vraie personnalité s'est révélée. Je crois que son ego, son ivresse du pouvoir - renforcés par une grande servilité autour de lui - occupent littéralement tout l'espace. J'ai toujours pensé qu'en règle générale les hommes politiques mériteraient une bonne psychanalyse. Lui, c'est un cas très intéressant.

Comment avez-vous pu être à ce point floué ?

J'aimais la solitude dans laquelle j'étais entré depuis quelques années. Ça me faisait du bien. Si j'en suis sorti, c'est parce que j'ai été choqué à plusieurs reprises. J'ai eu le sentiment qu'on me provoquait, comme s'il y avait une sorte de mouche tournant autour de mon visage...

Vous dites : « Ça va mal finir. »


Oui, parce que ça a mal commencé ! Cela dit, s'il faut en croire les sondages, les Français sont en train de réagir. J'espère, bien sûr, que le jeu de la démocratie va amener au sommet un changement d'attitude. Mais la France est un pays très éruptif dans lequel les évolutions de l'opinion sont imprévisibles.

Les ingrédients sont-ils réunis pour une explosion ?

Sur le plan social, oui.

Faites-vous un parallèle, même lointain, avec Mai 68 ?


En tout cas, je ne condamne pas Mai 68 comme l'a fait le président. Cet espèce de refus très droitier style : « C'était la chienlit. » Eh bien non, c'était beaucoup plus compliqué que ça. Et il y a aujourd'hui dans les jeunesses occidentales un désir libertaire que je trouve très sympathique...

Qui fait écho à celui de Mai 68 ?

Absolument. Ça porte sur les moeurs, le langage, le vêtement... C'est positif. La jeunesse est saisie par une pulsion de liberté. On est dans un moment de trop grand conformisme verbal, on n'ose pas dire les choses, on rase les murs. L'ironie me semble très belle quand elle questionne le pouvoir. Ce goût de l'ironie peut-être me vient-il de mon frère Philippe. Quand il est mort, je me suis dit : c'est lui qui avait raison.

Avoir pris la plume vous a-t-il soulagé ?

Ça va mieux. Si je m'étais tu, je me serais senti lâche. Il y a des moments dans la vie, vous savez, où on a en envie de crier un petit peu.

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Re: CA VA MAL FINIR - LIVRE

Message par Joss le Sam 5 Avr 2008 - 16:27


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