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ELECTION RABBIN GILLES BERNHEIM

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ELECTION RABBIN GILLES BERNHEIM

Message par Joss le Lun 30 Juin 2008 - 19:50

LA CROIX 27/06/2008

Gilles Bernheim, le rabbin des rabbins


Grand rabbin de la synagogue de la Victoire, à Paris, il vient d'être élu grand rabbin de France. Orthodoxe, il est également passionné par les questions de société



Le Grand Rabbin de la synagogue de la rue de la Victoire, Gilles Bernheim, à la synagogue des Tournelles, à Paris, le 15 juin (Photo Barda/Ciric)

Faire campagne est toujours une épreuve pour Gilles Bernheim. Quand certains se révèlent dans le combat politique, s’épanouissent dans le face-à-face avec la foule, lui n’apprécie rien tant que le travail intellectuel et pastoral. Le grand rabbin de la synagogue de la Victoire a donc dû forcer sa nature pendant ces cinq mois, entre l’annonce de sa candidature à Toulouse, le 5 février, et son élection comme grand rabbin de France, dimanche 22 juin.

"Tête pensante" du judaïsme

Quand nous l’avons rencontré, il n’en était encore qu’à mi-parcours. Rentré d’Israël où il vient de passer la Pâque juive, il est lancé dans un tour de France des communautés locales : à la rencontre de ses 300 grands électeurs, rabbins mais surtout « laïcs », il enchaîne déplacements en province, entretiens et conférences. Lui qui s’était déjà présenté en 1994 sait que « les moments les plus difficiles d’une élection sont toujours les derniers » et s’y prépare. En attendant, dans son modeste bureau de l’avenue de Ségur, à Paris, auquel on accède après avoir franchi une courette envahie par les herbes folles et le matériel de camping – la « tête pensante » du judaïsme a choisi de travailler au-dessus d’un local des Éclaireurs et éclaireuses israélites de France –, il tente de reprendre souffle, protégé tant bien que mal des sollicitations par sa fidèle assistante. Déjà, il souffre de n’avoir plus eu une minute « pour penser ». D’avoir si peu de temps à consacrer à sa famille.

C’est donc la deuxième fois que le grand rabbin de la synagogue de la Victoire, également directeur du département « Torah et société » du Consistoire de Paris – sorte de « ministère des affaires étrangères », chargé de répondre aux sollicitations des juifs et des non-juifs sur les problèmes contemporains –, se lance dans cette aventure à hauts risques. L’échec, en 1994, avait été rude, « douloureux » même. Mais alors, pourquoi retenter l’expérience ? Pourquoi courir à nouveau le risque de prendre des mauvais coups, voire de perdre ? « Parce que je n’ai pas le choix, répond-t-il alors de sa voix douce. Si je veux présenter ma vision du judaïsme, expliquer mes projets, je dois en passer par là. Et puis, je ne prétends pas à des responsabilités politiques, mais à des responsabilités au sein de ma communauté. »

Sur la méthode, il se veut novateur

Ce « projet », pour lui si important, tient en deux axes : être le « rabbin des rabbins », mais aussi, entouré d’une équipe d’experts, permettre à la communauté juive de faire face aux défis du monde moderne. Rien de moins. Autant de réponses à des besoins que le grand rabbin de la synagogue de la Victoire analyse avec une franchise parfois déconcertante pour l’observateur catholique, habitué aux précautions oratoires des responsables d’Église. « Aujourd’hui, les jeunes rabbins, qui sortent du séminaire vers 24 ou 25 ans, découvrent souvent une ville de province qu’ils ne connaissent pas et se retrouvent dans une communauté au sein de laquelle ils sont parfois les seuls orthodoxes, constate Gilles Bernheim. Eux n’ont fait qu’étudier pendant cinq ans. Il leur est difficile de répondre aux questions qui leur sont posées. Ils ont besoin d’une formation incluant une solide culture générale, et aussi de l’appui du grand rabbin de France. » L’enjeu est, selon lui, capital autant pour les fidèles que pour leur rabbin. Car « sa première expérience marquera sa vie professionnelle. D’une mauvaise expérience naissent de mauvais réflexes, une attitude de repli sur soi. »

PUR LIRE LA SUITE, CLIQUER SUR SPOILER


Spoiler:
Sur le plan de la méthode également, le grand rabbin de la Victoire se veut novateur. « Sur les problèmes de société, les règles ne sont pas écrites telles quelles dans le Talmud. Il faudrait un corpus de textes de référence à partir duquel chacun puisse travailler. C’est une nécessité, pour que les rabbins, quand ils sont sollicités par les médias, ne répondent pas sous le coup de l’émotion. » Lorsqu’il prendra son poste, le 1er janvier 2009, il se propose de travailler entouré d’une « équipe d’experts » (rabbins, mais aussi juristes, psychologues, médecins, etc.), pour répondre aux questions et sollicitations diverses, émanant des fidèles, comme des médias, de la société civile…

La responsabilité de trancher entre plusieurs interprétations de la halakha
Au grand rabbin de France et à son équipe rabbinique reviendra ensuite la responsabilité de trancher entre diverses interprétations de la halakha (la loi juive), en espérant que leur autorité soit telle que les rabbins de France s’inspirent de leurs positions.

Parler à toutes les tendances de la communauté juive française est l’un de ses chevaux de bataille (1). Lui qui n’est officiellement le grand rabbin que de la communauté juive orthodoxe (celle qui respecte strictement la halakha) souhaite « faire en sorte que la Torah parle à tous ». Et, pour cela, « avoir une parole dans laquelle tous se reconnaissent, utiliser un langage et un raisonnement audibles par toutes sortes de gens, juifs et non-juifs. Un juif agnostique doit aussi se sentir concerné. »

La victoire, très nette, de Gilles Bernheim (par 184 voix contre 93 à Joseph Haïm Sitruk) a surpris, y compris ses partisans. De fait, en soumettant à un vote la désignation de son principal représentant religieux, la communauté juive orthodoxe prend le risque de faire primer le charisme sur les qualités de fond. Or, dans cette campagne électorale, Gilles Bernheim le savait : sa puissance intellectuelle était à la fois une force et une faiblesse. Sur n’importe quelle estrade, dans n’importe quelle assemblée de rabbins, il détonne. Quand certains de ses confrères remplissent avec application leur tâche de juristes, chargés d’interpréter la halakha, lui le fait aussi, tout en cherchant à élever le débat. Père de quatre enfants, marié à une psychanalyste, il puise dans une connaissance profonde du Talmud, mais aussi dans les sciences humaines, et dans son expérience pastorale. C’est que, à la différence de nombre de ses confrères, il a, dans sa jeunesse, suivi des études de philosophie à la Sorbonne en plus des cours délivrés par le Séminaire israélite de France, à Paris. « À l’adolescence, en terminale, alors que j’encadrais un mouvement de jeunesse, j’ai eu envie d’élargir ma vocation à l’échelle de la communauté, et donc de devenir rabbin. Je le dois notamment à la personnalité du grand rabbin Henri Schilli, raconte-t-il. Mes études de philosophie m’ont donné le goût de l’enseignement, des activités intellectuelles, plus créatrices dans l’ordre de la pensée. Toute ma vie, j’ai eu ce désir de concilier les deux : l’urgence de l’action à la patience de la réflexion. »

Homme de terrain et de pensée


Les réponses s’enchaînent, sobres, concises, parfaitement maîtrisées, toujours limpides. Jamais le grand rabbin ne se laisse aller au bavardage, aux digressions, jamais il ne fuit. S’il refuse de répondre à telle ou telle question parce qu’elle risquerait de l’emmener dans la critique de son prédécesseur, de sa voix douce mais ferme, il décline, renvoyant à d’autres « plus compétents » que lui. L’interroger n’est pourtant pas chose facile. Personnalité complexe, Gilles Bernheim ne se livre guère. Parfois, il s’absente pour quelques longues secondes de méditation ou de réflexion, laissant là son interlocuteur… Puis soudain, au détour de la conversation, il s’enthousiasme en évoquant l’une ou l’autre des propositions constituant son « programme » de campagne. Voire s’agace d’une critique cent fois entendue, celle du « rabbin intellectuel ». « Par définition, la partie intellectuelle de mon travail est plus visible, puisqu’elle est publiée. Mes éditeurs s’emploient même à en faire la promotion. L’autre partie, qui relève de la vie des gens, n’est connue qu’à l’intérieur de la communauté. Et puis, il ne nous appartient pas de faire la publicité de nos actes. »

Homme de terrain et de pensée. Orthodoxe et convaincu que le judaïsme doit engager le dialogue avec toutes les composantes du judaïsme et avec les non-juifs… Gilles Bernheim, qui est vice-président de l’Amitié judéo-chrétienne, sait que certains lui font reproche de cette ouverture. Au cours de la campagne, il l’a parfois reconnu au travers d’allusions voilées, certaines attaques l’ont blessé : « Ceux qui, comme le rav Kuperman à Jérusalem (NDLR : qui a œuvré pour élever le niveau d’étude juive auquel ont accès les femmes) ou le rav Adin Steinsaltz (NDLR : traducteur du Talmud) ont des activités créatrices, peuvent subir des phases violentes. Cela peut briser des hommes. Ces gens, même forts, peuvent être intérieurement affectés, et parfois leur famille plus qu’eux-mêmes. Mais ils continuent. »

"Il ne peut y avoir une journée sans étude"

Lui aussi, il continue, très intéressé par le modèle de la Yeshiva University de New York, « ouverte aux problèmes modernes et qui aide à les penser ». À ses yeux, il ne s’agit pas de transiger avec ces 613 mitsvot qui s’imposent à tout juif orthodoxe. Mais plutôt, et selon ses termes, d’« étudier intensivement la Torah et d’ouvrir ses yeux sur le monde pour nourrir sa pratique ». « La religion juive est une religion d’adultes, selon la formule d’Emmanuel Levinas, rappelle-t-il. Chacun peut la vivre selon son mode, du fait même qu’il y a toutes sortes de juifs. Mais c’est une religion exigeante. Il ne peut y avoir une journée sans étude : et il ne s’agit pas d’arracher cinq minutes au temps, mais d’y consacrer plusieurs heures. » À cette condition seulement, « une pratique rigoureuse et persévérante des rites conduit à la liberté ».

Et pour expliquer ce qui peut apparaître comme un « paradoxe » à des yeux chrétiens, l’ancien rabbin des étudiants a souvent recours à une comparaison : celle du musicien débutant qui ne pourra interpréter les « dernières sonates de Beethoven sans avoir beaucoup travaillé ». « Au prix de ce tout ce travail, vous serez un jour libéré de l’effort de ne pas faire de fausses notes et vous pourrez vous concentrer sur l’essentiel : l’interprétation », résume-t-il. De la même manière, tout juif pratiquant depuis sa petite enfance, dont « la pratique est harmonieusement disposée dans la respiration des jours », va pouvoir garder en lui « une sorte de disponibilité à autre chose et se concentrer sur l’essentiel » : « à travers cette pratique, la construction de la communauté, de ses relations au monde et au prochain ».

1) Outre les orthodoxes, la communauté juive religieuse se compose de différents courants : ultra-orthodoxe, loubavitch (héritier du hassidisme), libéral et massorti (un mouvement qui se situe entre les orthodoxes et les libéraux).


Anne-Bénédicte HOFFNER

Un homme remarquable, intelligent, philosophe nous laisse espérer un rapprochement malgré de fortes oppositions


Son site :
http://gillesbernheim2008.fr/

Rendez-vous pendant 8 jours, avec l'émission intégrale VIDEO SOURCE DE VIE sur France 2 avec les rabbins Gilles Bernheim, Josy Eisenberg et le cardinal Barbarin pour plus d'explications. L'émission pourra être vue toute la semaine sur internet, là :


......un moment rare !
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Joss
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