MARTHE ET MARIE

SECHERESSES

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SECHERESSES

Message par Joss le Dim 18 Juil 2010 - 20:25

ADELE dit :

Pour être un peu plus sérieuse,j'ai vécu des périodes d'épreuve presque dingues comme Belen où je demandais un signe à Dieu,mais il n'y avait aucune réponse de là-haut ou alors je manquais totalement de réceptivité,ce qui n'est pas du tout impossible.Voilà ce qui me travaille=pourquoi à certains moments avec Dieu çà peut être "fusionnel" et pourquoi à d'autres moments c'est comme si l'âme et Dieu jouaient au chat et à la souris si je peux m'exprimer ainsi..Pourquoi il y a des périodes de désert spirituel et pourquoi il y a d'autres moment où c'est le grand amour?
A mon avis,c'est une bonne question sans réponse.
"Les mots manquent et l'essentiel ne peut se dire",c'est vrai,mais si je veux te titiller,le témoignage est donc quasi impossible?( ! ! ! )..




CHAPITRE
SIXIÈME : Distractions et sécheresses


«Cette épreuve ayant été tellement pénible pour moi, j'imagine qu'elle le sera peut-être également pour vous ; voilà pourquoi je vous en parle ici». 1.


A propos de l'oraison de recueillement, SAINTE THÉRÈSE fait la remarque suivante :

«Cemode de procéder sans le discours de l'entendement a ceci de particulier que l'âme y est absorbée ou très égarée. Quand je dis qu'elle est égarée, j'entends parler des distractions où elle se trouve» 2.

Les méthodes les plus vivantes, les prières les mieux ordonnées pas plus que la lecture assidue ne sauraient, en effet, mettre à l'abri des distractions et des sécheresses dans l'oraison.

«Lourde épreuve dont l'ignorance contribue à accroître les souffrances et les dangers», note encore la Sainte.

C'est à ce propos qu'elle écrit :

«Le malheur c'est que, ne nous imaginant pas qu'il faille avoir d'autre science que celle de penser à Vous, nous ne savons même pas interroger les savants et nous ne croyons pas en avoir besoin. Nous endurons de terribles épreuves parce que nous ne nous comprenons pas... De là proviennent les afflictions dans lesquelles tombent beaucoup de personnes qui s'occupent d'oraison ; elles tombent dans la mélancolie, elles perdent la santé, elles arrivent même jusqu'à tout abandonner» 3.

Pour nous éclairer sur un sujet si important, étudions la nature et les causes des distractions et sécheresses pour en découvrir les remèdes.

1. [b]IV° Dem., ch. I, p. 871
2. VIE, ch. IX, p. 90
2. IV° Dem., ch. I, pp. 868-869



A.NATURE DES DISTRACTIONS ET DES SÉCHERESSES

«Recueilli et distrait sont deux adjectifs qui s'opposent» a-t-on noté justement. 1. Le recueillement est une condition de la prière. Dans la prière, les distractions sont donc en général en sens inverse du recueillement. Tandis que le recueillement dans la prière est une concentration de l'activité de nos facultés sur une réalité surnaturelle, la distraction est une évasion de l'une ou de toutes les facultés vers un autre objet qui supprime le recueillement.

Toute évasion d'une ou plusieurs puissances n'est pas nécessairement distraction.
SAINTE TH
ÉRÈSE nous invite sur ce point à une analyse psychologique qui nous aidera à préciser la nature des distractions.

Effrayée des divagations en divers sens de ses facultés, la Sainte s'en fut consulter des savants qui confirmèrent ce que son expérience lui avait révélé sur la distraction et l'activité indépendante des facultés de l'âme :

«Pour moi, j'ai grandement souffert parfois de ces divagations d'esprit, et il n'y a guère plus de quatre ans que j'ai compris par mon expérience personnelle que la pensée (ou pour que l'on me comprenne mieux, l'imagination) n'est pas la même chose que l'entendement. Je consultai un savant et il me dit que c'était vrai ; cette réponse ne fut pas une petite consolation pour moi.»2.

Que les puissances de l'âme aient une activité indépendante et que certaines puissent s'évader isolément du recueillement sans le détruire : voila les vérités qui ont consolé SAINTE THÉRÈSE.

Quelles sont les puissances dont les divagations peuvent n'être que gênantes et ne point engendrer la distraction ?


1. Docteur Laignel-Lavastine, professeur à la Faculté de Médecine de Paris, dans son article : «Les distractions dans la prière ; étude physio-psychologique» , Etudes carmélitaines, avril 1934, pp. 120-142.
Nous renvoyons à cette remarquable étude dans laquelle l'éminent professeur, membre de l'académie de Médecine, uniquement soucieuse de servir la vie spirituelle, a résumé les résultats de pénétrantes analyses physio-psychologiques, pour nous aider à lutter contre les distractions dans la prière.

2. IV° Dem., ch. I, p. 868


En premier lieu, les sens extérieurs et intérieurs qui peuvent percevoir ou éprouver des impressions sans que le recueillement en soit détruit. Je puis en me promenant dans la campagne, voir un paysage familier, entendre le chant des oiseaux, éprouver une certaine souffrance physique ou une peine d'âme, et poursuivre cependant mon oraison sur un sujet évangélique étranger à toutes ces perceptions et sensations.
L'abstraction hors du sens est fréquente dans le recueillement. En écrivant le CHÂTEAU INTÉRIEUR, SAINTE TH
ÉRÈSE note :

«Tandis que j'écris ces lignes, je réfléchis à ce qui se passe dans ma tête, c'est-à-dire à ce grand bruit dont j'ai parlé au début et qui me rendait presque impossible le travail que l'on m'a commandé. Il me semble entendre le bruit d'une foule de fleuves qui se précipitent, d'oiseaux qui chantent et de sifflements ; je le perçois non dans les oreilles, mais dans la partie supérieure de la tête... D'ailleurs, quel que soit ce trouble, il ne m'empêche pas de me livrer à l'oraison ni d'être attentive à ce que je dis en ce moment». 1.

L'imagination, dont l'activité est liée si étroitement à celle des sens, peut, elle aussi, s'évader en laissant l'âme aux réalités surnaturelles qui la retiennent..

Écoutons encore SAINTE THÉRÈSE dont les expériences éclairent si heureusement ces problèmes délicats :

«D'un côté, écrit-elle, je voyais, ce me semble, toutes les puissances de mon âme absorbées en Dieu et recueillies en Lui ; d'un autre côté, l'imagination se trouvait dans un trouble complet ; j'en étais tout interdite». 2.

Qu'en sera-t-il de l'entendement, c'est-à-dire de l'intelligence discursive par opposition à l'intelligence qui pénètre d'un regard simple et direct ?

SAINTE THÉRÈSE signale que tandis que la volonté est enchaînée suavement dans l'oraison de quiétude et jouit des goûts divins, l'entendement peut se trouver dans l'agitation :

«Les deux autres puissances (entendement et mémoire) viennent au secours de la volonté, pour la disposer à jouir d'un si grand bien (la quiétude).
Parfois cependant, alors même que la volonté est unie à Dieu, elle est très gênée par ces deux puissances... qui vont et viennent dans l'espoir que la volonté leur fera part de ses délices»
. 3.


Tous les textes de SAINTE THÉRÈSE que nous avons cités jusqu'à présent pour prouver l'indépendance de l'activité des puissances de l'âme, décrivent des états nettement contemplatifs. C'est qu'en effet dans la contemplation, où Dieu apaise par son emprise une ou plusieurs puissances et laisse les autres dans l'agitation, la distinction des diverses puissances apparaît beaucoup plus clairement et se perçoit
expérimentalement.



1. IV°Dem., ch. I, pp. 869-870
2. IV°Dem., ch. I, p. 868
3. VIE, ch. XIV, p. 138


Plus clairement perçue dans la contemplation, la distinction des facultés est un fait psychologique constant, qui existe par conséquent à toutes les étapes de la vie spirituelle. Notons cependant que l'intervention directe de Dieu dans l'activité des facultés qui produit la contemplation surnaturelle, modifie sensiblement les lois du recueillement pendant cette période.

Tandis que dans la contemplation, il suffit au recueillement que la volonté adhère à l'emprise suave de Dieu, alors même que toutes les puissances seraient dans l'agitation, dans la phase active, l'attention volontaire de l'âme à une réalité surnaturelle qui n'est pas expérimentée, semble ne pas pouvoir exister sans une application de l'intelligence à cet objet, soit par raisonnement, soit par simple regard.

En cette phase active qui nous occupe, on peut donc admettre que l'attention ou le recueillement sont dissipés par l'évasion de l'intelligence.

En outre, en cette même phase, l'indépendance de l'activité des puissances, qui est moins aisément perçue, est aussi moins réelle. Les perceptions des sens et les divagations de l'imagination troubleront plus facilement l'application de l'intelligence et par conséquent le recueillement.

La distraction sera dite volontaire lorsque, volontairement et en pleine conscience, l'intelligence s'évade de son attention à la réalité surnaturelle pour la porter sur un autre objet. Elle sera involontaire lorsque ce mouvement se produit involontairement ou sans pleine conscience, ordinairement en cédant à la sollicitation d'une impression ou d'une image.

Lorsque la distraction n'est plus seulement passagère pendant l'oraison, mais que, par suite de l'impuissance de l'intelligence à se fixer sur un sujet quelconque et de sa mobilité, elle devient comme un état quasi habituel, elle constitue un état de sécheresse. La sécheresse s'accompagne ordinairement de tristesse, d'impuissance, de diminution des ardeurs de l'âme, d'agitation et d'énervement des facultés.


La distraction est une souffrance ; la sécheresse crée un état de désolation. Elles furent une des épreuves les plus sensibles à l'âme de SAINTE THÉRÈSE. Elle les décrit volontiers, pour nous encourager. Pendant de longues années, dit-elle, en parlant de la «première façon d'arroser le jardin» en puisant l'eau avec un seau, ce qui correspond aux premiers degrés d'oraison, elle a connu la fatigue «de descendre fréquemment le seau dans le puits, pour le retirer vide». Il lui arrivait que pour ce travail elle ne pouvait

«plus lever les bras, c'est-à-dire avoir une seule bonne pensée... Aussi, ajoute-t-elle, je regarde comme une faveur de Dieu de pouvoir enfin tirer une goutte d'eau de ce puits béni. Ces souffrances sont très pénibles. Je le sais et à mon avis, elles exigent plus de courage que beaucoup d'autres travaux du monde».1.

Voici un autre aveu de la Sainte Maîtresse d'oraison qui nous consolera certainement en nos impuissances douloureuses :

«Telles furent les vérités sur lesquelles je méditais quand je le pouvais. Mais très souvent pendant plusieurs années. J'étais beaucoup plus préoccupée du désir de voir s'achever l'heure d'oraison et d'entendre le coup de l'horloge, que d'autres pensées vraiment utiles. Souvent aussi, il m'eût été moins dur de subir les Pénitences les plus rigoureuses que de me recueillir pour faire oraison... Une telle tristesse s'emparait de moi en entrant à l'oratoire, que pour me surmonter, j'avais besoin de tout mon courage, qui, dit-on n'est pas petit. On a vu en effet que Dieu me l'a donné bien supérieur à celui d'une femme, quoi que j'en ai mal usé». 2.

La souffrance inhérente à un état d'impuissance et à l'ennui qui accompagne le vide des facultés est augmentée par le sentiment de l'inutilité des efforts et l'impression de l'insuccès définitif dans les voies de l'oraison et par conséquent dans la vie spirituelle. L'âme d'oraison a besoin d'êtreéclairée et fortifiée. Elle ne saurait l'être plus utilement que par l'exposé des causes de cette sécheresse et de ses remèdes.


1. VIE, ch. XI, pp. 109-110
2. Ibid., ch. VIII, p. 81





B. CAUSES DES DISTRACTIONS ET SÉCHERESSES

Notre enquête ne portera pas sur les causes volontaires des distractions et des sécheresses, comme seraient la négligence à les chasser pendant l'oraison ou la complaisance qui les entretiendrait, des négligences notables dans la lecture spirituelle et dans la préparation qui doivent assurer à l'oraison son aliment, la dissipation de la vie et l'immortification habituelle des sens. Il est facile en effet de déterminer ici le remède. Négliger de l'appliquer serait se condamner à un insuccès dont on porterait la responsabilité.

Il s'agit seulement d'indiquer les causes qui rendent plus âpre et parfois même vaine la lutte contre les distractions et qui, par conséquent, ne relèvent pas directement de la volonté humaine.



1. Le caractère des vérités surnaturelles est la première cause des distractions et sécheresses. Ces vérités surnaturelles nous sont proposées en des formules dogmatiques qui en sont l'expression humaine la plus parfaite. La formule dogmatique exprime d'une façon analogique en concepts humains une vérité divine qui reste mystérieuse, étant d'un ordre supérieur à ces concepts.

Dans l'oraison, la foi aimante adhère à la vérité elle-même qui est essentiellement obscure et ne se révélera ici-bas que plus tard à la quasi-expérience des dons du Saint-Esprit. En cette première phase, le mystère reste tout d'obscurité.

En même temps, l'intelligence adhère à la formule dogmatique, pénètre les concepts, raisonne, admire et savoure. Ce travail sur les vérités les plus belles et les plus hautes qui soient, présente un intérêt incomparable. Et cependant, la pénétration de l'intelligence étant limitée, assez rapidement elle a épuisé les lumières qu'elle peut percevoir ; retrouvant donc les mêmes formules et les mêmes lumières, elle ne les savoure plus : assuela vilescunt.



2. L'instabilité des puissances de l'âme est une autre cause des distractions et des sécheresses.

Les puissances sensibles ainsi que l'entendement dont l'activité est si étroitement liée aux sens, sont des puissances instables et volages. La volonté peut les porter sur un objet et les y maintenir, mais dès que l'étreinte de la volonté a cessée ou s'est desserrée, ces puissances retrouvent leur indépendance pour suivre leurs penchants et se livrer à une activité apparemment désordonnée en cédant aux sollicitations des perceptions extérieures ou des souvenirs de la mémoire.


Une discipline patiente et persévérante, qui est celle de l'ascèse de recueillement, peut les rendre plus dociles à l'action de la volonté et les habituer au silence du recueillement, mais ne saurait changer leur nature. Dans le CHEMIN DE LA PERFECTION, SAINTE THÉRÈSE constate en effet :

«A peine a-t-elle (la volonté) manifesté qu'elle veut se recueillir, les sens obéissent et rentrent dans son sanctuaire. Ils sortiront de nouveau, mais c'est déjà beaucoup qu'ils se soient soumis». 1.

Ni la purification du sens, qui adapte le sens à l'esprit, pas même la purification profonde de l'esprit ainsi que le prouvent les aveux de SAINTE THÉRÈSE cités précédemment, ne fixent définitivement leur instabilité dans la soumission.


1. CHEM. PERF., ch. XXX, p. 724


Il faut remonter jusqu'à l'humanité sainte du Christ Jésus et à la Sainte Vierge pour trouver des puissances sensibles étonnamment développées, mais dont les flots débordant de vie et d'ardeurs sont parfaitement soumis à la volonté et dont tous les mouvements sont réglés par elle.

C'est le péché originel qui a créé ce désordre en nous privant des dons préternaturels qui faisaient l'harmonie dans notre nature humaine en soumettant les puissances inférieures aux facultés supérieures et en les orientant vers Dieu. Depuis lors, l'indépendance des puissances s'étale en nous ; la dualité de notre nature, qui est chair et esprit, se révèle dans une expérience intérieure de plus en plus douloureuse, jusqu'à ce qu'elle s'affirme définitivement dans la mort, qui est la dernière conséquence du péché ; stipendium peccati mors est. 1.

Sur ce désordre, inhérent à notre nature blessée par le péché, qui rend le recueillement difficile, SAINTE THÉRÈSE gémit :

«Je ne puis oublier le préjudice que nous a causé le péché de nos premiers parents ; c'est lui, ce me semble, qui rend nos facultés incapables de jouir d'un si grand bien d'une façon complète. Mes péchés personnels doivent aussi y contribuer... parfois aussi ma mauvaise santé y contribue pour beaucoup». 2.


3. Cette dernière remarque de la Sainte signale le préjudice que peuvent causer à l'oraison, les maladies auxquelles nous devons ajouter les tendances pathologiques ou les défauts qui s'inscrivent dans le caractère ou le tempérament.

Toute activité intellectuelle subit l'influence du bien-être physique et des indispositions même bénignes. Les travailleurs intellectuels le savent bien qui, sans éprouver de malaises caractérisés, se sentent incapables de fournir à certains moments de la journée ou en certaines périodes un travail intellectuel déterminé, et sont obligés de disposer leur besogne suivant la qualité d'énergie intellectuelle qu'il exige.

Le travail intellectuel de l'oraison porte sur des vérités à la fois très hautes et mystérieuses. Il exige pour être fait parfaitement que l'on soit en bonne forme.


1. ROM. VI, 23
2. VIE, ch. XXX, p. 323


Il est vrai qu'il y faut beaucoup plus aimer que penser ; mais la sensibilité est encore plus liée au corps que l'entendement et en subit d'une façon plus immédiate les vicissitudes. Aussi nous entendons sans étonnement SAINTE THÉRÈSE nous apporter son témoignage :

«Très souvent, écrit-elle, ce trouble (des puissances) vient d'une indisposition du corps ; j'ai une grande expérience sur ce point. C'est un fait que j'ai constaté avec soin et qui m'a été confirmé par le témoignage de personnes spirituelles. Telle est notre misère ici-bas. Notre pauvre âme, cette petite prisonnière du corps, participe à ses infirmités. Les changements de temps et le bouleversement des humeurs empêchent souvent l'âme, sans faute de sa part, d'accomplir ce qu'elle veut, et lui causent des souffrances de toutes sortes». 1.

Un changement de l'heure de l'oraison, remarque-t-elle ensuite, permettra peut-être d'échapper à ces malaises.

On ne saurait être plus sainement réaliste et plus maternellement attentif pour guider les débutants dans les voies de l'oraison. Plus nuisibles que ces indispositions passagères peuvent être les tendances pathologiques et les défauts qui s'inscrivent dans le tempérament.

SAINTE THÉRÈSE fait allusion à la tendance à la mélancolie et à des faiblesses de tête qui rendent le recueillement impossible. 2.

Elle a soin d'écarter de l'oraison certaines personnes dont la faiblesse psychique ne peut supporter les moindres chocs sans évanouissement.

La psychiatrie moderne a étudié avec pénétration qui eût ravie SAINTE THÉRÈSE ces défauts constitutionnels qui peuvent avoir sur le développement de la vie spirituelle une influence si profonde. 3.

Les cas cliniques relèvent quasi-exclusivement de l'art médical. Mais les cas frontières sont nombreux. On a pu dire que chacun porte en soi telle ou telle tendance plus ou moins évoluée. 4.


1. VIE, ch. XI, pp. 113-114
2. CHEM. PERF., ch. XXVI, p. 705-706
3. Cf. Article cité du Docteur Laignel-Lavastine dans les Études Carmélitaines, avril 1934
4. Dans les cas-frontières que nous envisageons, ces tendances ne vicient pas un tempérament et ne détruisent pas la fécondité d'une vie. Il importe surtout que l'âme s'y adapte si elle ne peut pas les détruire. L'obéissance surnaturelle est un des meilleurs compensateurs pour arrêter les funestes effets d'une tendance.

Tandis que dans l'activité ordinaire de la vie ces tendances se révéleraient à peine, elles manifestent leur force dans l'oraison. Dès lors, le mélancolique qui s'accuse sans cesse, le scrupuleux continuellement préoccupé par ses doutes, l'imaginatif qui ne peut arrêter ses divagations imaginaires, l'agité instable dont les facultés sont toujours en mouvement, trouvent des difficultés spéciales pour se recueillir. 1.



4. Le démon. «Quand les distractions et les troubles de l'entendement sont excessifs..... c'est le démon qui en est l'auteur» Déclare SAINTE THÉRÈSE.

La Sainte éprouva maintes fois son action sur ce point :

«Le démon me tentait particulièrement pendant la semaine sainte... Il vient tout-à-coup assaillir l'entendement de choses parfois si frivoles que j'en rirais dans toute autre circonstance. Il le trouble à son gré : l'âme n'est plus maîtresse d'elle-même, mais enchaînée ; elle ne peut penser qu'aux choses folles qu''il lui représente, et qui sont pour ainsi dire inutiles... Parfois, il m'a semblé que les démons s'amusaient à se renvoyer mon âme comme une balle, sans qu'elle pût s'échapper de leurs mains». 2.

La Sainte signale surtout l'inquiétude, qui est le signe de la présence du démon et qui cause du trouble pendant l'oraison :

«Sans parler de la grande aridité qui lui reste, l'âme ressent alors une inquiétude... dont on ne peut découvrir la cause. Il semble que l'âme résiste, se trouble et s'agite sans savoir se quoi... Je me demande si cette inquiétude ne vient pas de ce qu'un esprit en sent un autre» 3.

Cette présence de l'esprit impur ne saurait être perçue que par un esprit purifié. De même, il semble bien que cette action violente soit très rare et que le démon la réserve à des âmes puissantes dont il a beaucoup à craindre. Ces descriptions restent cependant très utiles car elles nous indiquent la tactique habituelle du démon et le style en action.

Il semble normal que le démon profite de sa puissance et de la faiblesse relative des âmes dans les débuts de l'oraison, pour les arrêter dans leur marche vers Dieu en produisant, autant que cela lui est possible, sécheresses et distractions. Son action sur les débutants semble certaine et, bien qu'usant à leur égard de procédés plus bénins que pour SAINTE THÉRÈSE, elle est probablement beaucoup plus efficace.


1. Les purifications, qui finalement font disparaître ou du moins atténuent notablement ces tendances, les portent d'abord à leur tension maxima, et posent ainsi un problème délicat de psychologie religieuse.
2. VIE, ch. XXX, p. 318
3. Ibid.,ch. XXV, pp. 258-259




5. L'action au moins permissive de Dieu. L'action de ces causes naturelles et préternaturelles entre dans les desseins de la Sagesse divine qui utilise tout pour le bien de ceux qui l'aiment. La lumière surnaturelle et la grâce, qui sont les fruits de la souffrance et de la mort du Christ, ne peuvent pénétrer profondément dans une âme sans une participation à cette souffrance et à cette mort rédemptrice.

Ces souffrances apportent des lumières sur soi-même et établissent dans l'humilité :


«C'est pour notre bien, sans aucun doute, que Sa Majesté veut nous conduire par cette voie. Il faut en effet, que nous comprenions bien le peu que nous sommes. Les grâces qui nous seront accordées plus tard, sont d'un ordre si élevé qu'il veut d'abord nous faire connaître par expérience l'abîme de notre misère, afin de nous préserver d'une chute semblable à celle de Lucifer». 1.

Elles sont une preuve qui permet de distinguer les vaillants :

«Le Seigneur, j'en ai la conviction, dit en effet la Sainte, envoie souvent aux commençants, et parfois qui approchent du terme, ces tourments et beaucoup d'autres tentations pour mettre à l'épreuve ceux qui l'aiment. Il veut savoir s'ils pourront boire son calice et l'aider à porter la Croix, avant de leur donner de
grands trésors»
. 2.


Ces paroles de la Sainte nous livrent le dessein providentiel qui régit et utilise avec sagesse toutes les activités, même libres et ennemies, pour la sanctification des élus.

En ces sécheresses même des débuts, il y a assez souvent, semble-t-il, et par intermittence, une action de la lumière divine qui produit la sécheresse contemplative.

C'est ainsi qu'il nous semble certain que, chez SAINTE THÉRÈSE, l'impuissance de l'entendement lui venait des grâces d'union qu'elle avait reçues précédemment, car ceux qui ont été élevés à la contemplation parfaite «ne peuvent plus comme précédemment discourir sur les mystères de la Passion et de la vie du Christ» 3.
Ses longues oraisons d'impuissance, avec les sentiments d'humilité et la tristesse qui l'accablaient ne pouvaient pas ne pas être des états éclairés par une forte lumière divine qui adaptait le sens à l'esprit et préparait l'âme aux grâces merveilleuses qu'elle devait recevoir.


On ne saurait certes affirmer cela de toutes les sécheresses des débutants, cependant il ne semble pas trop osé de considérer la sécheresse contemplative comme possible par intermittence chez la plupart des âmes ferventes, même en leurs débuts dans les voies de l'oraison.


1. VIE, ch. XI, pp. 110-111
2. Ibid., p. 110
3. VI° Dem., ch. VII, p. 987





C. REMÈDES

C'est à une âme qui a prouvé sa bonne volonté par la fidélité au recueillement, à la lecture spirituelle et à l'oraison que SAINTE THÉRÈSE adresse ses conseils pour remédier aux sécheresses. C'est contre les causes involontaires de ces distractions et sécheresses que la Sainte veut lui apprendre à lutter.


La discrétion

L'examen des causes des distractions nous montre qu'il en est plusieurs que nous ne pouvons pas dominer, même par un effort violent. Qu'il s'agisse de l'impuissance des facultés devant les vérités surnaturelles, de leur instabilité naturelle, des malaises physiques ou de l'action du démon, nous nous rendons compte que la violence que nous mettrions à les vaincre serait irraisonnable et orgueilleuse. Cette conviction inspirera toute la lutte contre les distractions et nous y fera mettre la discrétion qui seule peut avoir raison de ces obstacles. Mais écoutons notre sage maîtresse :

«A la peine qu'ils en éprouvent (des distractions) ils verront que ce n'est pas de leur faute. Qu'ils ne se tourmentent donc point à remettre à la raison leur entendement qui pour lors en est incapable. Qu'ils prient le mieux qu'ils pourront, et même qu'ils ne prient point. Puisque leur âme est malade, qu'ils s'appliquent à lu procurer quelque repos et s'occupent de quelque autre oeuvre de vertu». 1.

Elle précise ailleurs :

«Plus on veut la forcer alors (l'âme) plus on aggrave son état et plus aussi on le prolonge. Il faut donc de la prudence pour découvrir quand le mal provient de cette cause (indisposition) et ne point achever d'étouffer la pauvre âme. Ces personnes doivent comprendre qu'elles sont malades. Elles changeront l'heure de l'oraison, et souvent elles seront obligées d'agir ainsi plusieurs jours de suite. Elles supporteront cet exil comme elles pourront. C'est une Croix bien sensible pour une âme qui aime son Dieu de se voir au milieu de telles infirmités, et de ne pouvoir réaliser ses
voeux à cause d'un hôte aussi triste que ce corps».
2.



1. CHEM. PERF., ch. XXVI, p. 706
2. VIE, ch. XI, p. 114


Que l'âme alors, serve le corps pour l'amour de Dieu, afin que le corps la serve à son tour dans beaucoup d'autres circonstances. On peut, en outre, chercher quelque distraction dans les conversations vraiment saintes ou aller respirer l'air de la campagne, selon le conseil que donnera le confesseur. En tout cela l'expérience est d'un grand secours : elle nous fait connaître ce qui nous convient ; d'ailleurs, en tout état on peut servir Dieu. 1.

Nous citons longuement, moins pour recueillir des conseils précis sur la conduite à tenir, car les cas sont bien différents, que pour apprendre à l'école de SAINTE THÉRÈSE, dans quel esprit il faut mener la lutte contre les distractions. On devine que, parfois, pour remédier à certaines impuissances, il faudra plus que de la discrétion dans l'effort, mais des soulagements et des soins éclairés. La collaboration du directeur et du médecin peut, dans certains cas, devenir nécessaire et contribuer heureusement à la santé du corps comme au progrès de l'âme.


1. VIE, ch. XI, p. 114



La persévérance

La discrétion n'est pas destinée à favoriser la paresse mais à rendre possible la persévérance. «C'est la persévérance qui importe plus ici» proclame SAINTE THÉRÈSE. 1. La Sainte ne se lasse pas de répéter. N'avait-elle pas écrit sur un signet : «Tout passe. La patience obtient tout !» Ceci est vrai de l'oraison surtout.

C'est par la persévérance qu'elle a elle-même obtenu ses richesses surnaturelles : «En réalité, peu de jours se sont passés, écrit-elle, sans que j'aie consacré beaucoup de
temps à l'oraison, à moins que je fusse très souffrante ou très occupée
». 2.


La plus grande tentation de sa vie fut de rester une année et même d'avantage sans faire oraison, parce que cela lui paraissait plus humble. 3.


Cette persévérance se portera non seulement sur l'exercice de l'oraison elle-même, mais aussi sur l'ascèse de recueillement qui doit l'accompagner. Il faut garder ses sens pendant la journée, se garder des frivolités qui dissipent et revenir aussi fréquemment que possible vers le Maître par des oraisons jaculatoires oudes actes des vertus théologales.

Ces oraisons de distractions et surtout de sécheresses sont lumineuses car elles montrent, avec la faiblesse foncière de l'âme, les causes précises des distractions. C'est une sympathie ou une antipathie vers laquelle on revient habituellement, telle impression qui trouble encore, telle perception qui s'impose avec persistance, tel souvenir qui empêche le recueillement. Mieux que par tous les examens détaillés, l'âme découvre ainsi le point précis sur lequel doivent porter les efforts de son ascèse de recueillement.

Serait-elle pécheresse, que l'âme persévère, assure SAINTE THÉRÈSE, et Dieu aura pitié d'elle :

«Les méchants qui ne sont point de votre condition, ô mon Créateur, vous les rendriez bons. Ils n'ont qu'à supporter que Vous soyez près d'eux seulement deux heures par jour, alors même que leur esprit serait, comme jadis le mien, emporté loin de Vous et agité de mille soucis et de mille pensées frivoles. En récompense des efforts qu'on fait pour rester en si bonne compagnie, vous tenez compte de ce que dans les débuts et
parfois même dans la suite nous ne saurions faire d'avantage». 4.


Bref, seule la persévérance est capable d'assurer le succès dans l'oraison. 1.

II° Dem., ch. I, p. 837

2. VIE, ch. VIII, p. 80
3. Ibid., ch. VII, p. 70
4. VIE, ch. VIII, p. 83




L'humilité

Une humilité patiente et confiante doit accompagner cette persévérance.


«Mais que fera donc ici celui qui, après avoir travaillé longtemps, ne rencontre qu'aridité, dégoût, ennui et répugnance extrême à puiser de l'eau ? S'il ne considérait pas le plaisir qu'il procure et les services qu'il rend au Maître du jardin, s'il ne veillait pas à ne point perdre tous les mérites acquis, ni les récompenses qu'il attend encore d'un travail aussi pénible que celui de descendre fréquemment le seau dans le puits pour le retirer vide, il laisserait tout là... Mais je le répète, que fera le jardinier ? Il se réjouira, il se consolera, il considérera que déjà c'est une très haute faveur de travailler dans le jardin d'un si haut souverain. Il sait en effet que par là il Le contente et son but est de rechercher non une satisfaction personnelle, mais celle de son Maître. Qu'il Lui adresse les plus vives actions de grâces de ce que ce Maître compte sur lui... Qu'il L'aide aussi à porter sa croix ; qu'il médite comment toute sa vie s'est passée au milieu des souffrances ; qu'il ne recherche pas son royaume ici-bas, qu'il n'abandonne jamais l'oraison ; et alors même que que cette aridité devrait durer toute la vie, qu'il soit bien résolu à ne point laisser le Christ tomber sous le poids de la croix. Un temps viendra où tous ses services lui seront payés à la fois».1.

De telles dispositions d'humilité aimante et patiente sont déjà un fruit des sécheresses. Parce qu'elles font communier l'âme au dessein providentiel qui permet et utilise les sécheresses pour la sanctification des élus, elles obtiennent promptement de Dieu les plus hautes faveurs :



«Tous ces travaux ont leur prix... Mais je l'ai vu avec évidence, Dieu ne manque pas de les récompenser largement même dès cette vie. Il est certain en effet qu'une seule de ces heures où le Seigneur s'est donné ensuite à goûter à mon âme m'a surabondamment payée, ce me semble, de toutes les angoisses que j'ai endurées longtemps pour persévérer dans l'oraison». 2.

Jésus a vaincu par une humble et amoureuse patience. C'est la même disposition qui assurera à l'âme le triomphe sur les obstacles intérieurs et extérieurs, qui la gênent dans son union avec Dieu.

Dans le CHÂTEAU INTÉRIEUR, SAINTE THÉRÈSE résume cette doctrine :

«Cette épreuve ayant été tellement pénible pour moi, j'imagine qu'elle le sera peut-être également pour vous ; voilà pourquoi je vous en parle ici et là dans l'espoir que, une fois ou l'autre, je vous ferai comprendre qu'elle est inévitable. N'en soyez donc ni troublées ni affligées ; laissez aller ce traquet de moulin et sachons moudre notre farine en tenant notre volonté et notre entendement toujours occupés.


Ces troubles sont plus ou moins grands ; ils dépendent de la santé et des circonstances. La pauvre âme doit donc s'y soumettre quoi qu'il n'y ait aucune faute de sa part... Cependant, ce que nous lisons et ce que l'on nous conseille pour nous porter à ne point faire cas de ces pensées importunes ne nous suffira pas à nous qui sommes peu instruites : voilà pourquoi il me semble que le temps que j'emploie à vous l'expliquer plus en détail et à vous consoler sur ce point ne sera pas perdu. Toutes ces explications cependant, serviront de peu si le Seigneur ne daigne pas nous donner sa lumière. Mais il faut, et telle est la volonté de sa Majesté, que nous prenions les moyens d'atteindre ce but, nous connaître nous-mêmes et ne pas attribuer à notre âme les fautes qui viennent de la faiblesse de l'imagination, de la nature ou du démon». 3.


1. VIE, ch. XI, pp. 109-110
2. VIE, ch. XI, pp. 109-110
3. IV° Dem., ch. I, pp. 871-872
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Re: SECHERESSES

Message par Francesco le Dim 18 Juil 2010 - 22:32

Le désert et les périodes de sécheresses sont nécessaires si nous voulons grandir ds notre Union avec Dieu....

Personne ne peut voir Dieu sans mourrir:ie que nous devons etre purifié pour en arriver a une relation plus profonde avec Jésus....Dieu est esprit et nous devons en arriver a une vie spiritiuelle détachée le plus possible des choses de ce monde et de notre moi pour accorder notre coeur a celui de Dieu...St Jean de la Croix est le docteur et spécialiste de la question des nuits ou déserts ....
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Re: SECHERESSES

Message par Joss le Lun 19 Juil 2010 - 8:01

Je répondais à ta phrase :

Pourquoi il y a des périodes de désert spirituel et pourquoi il y a
d'autres moment où c'est le grand amour?

qui semblait poser une question. Je me réjouis que tu n'aies pas besoin de saint Thérèse d'Avla, sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, etc (voir texte plus haut).

Moi, par contre, j'en ai besoin, c'est une lumière dans ma nuit, un repère sur ma route qui me rassure et m'encourage à continuer ma route....

Cet extrait est tiré du JE VEUX VOIR DIEU du Père Marie-Eugène de l'Enfant-Jésus dont la cause est en cours, carme, père-fondateur de NOTRE DAME DE VIE dont la vocation était l'accompagnement spirituel que le Vatican avait nommé responsable, à ce titre, de tous les carmels de France.

Cela s'adresse aux religieux comme aux laïcs, le chemin intérieur qui mène à Dieu étant le même pour tous bien que respectant les couleurs et tonalités de chacun.
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Re: SECHERESSES

Message par Joss le Lun 19 Juil 2010 - 9:54

Pour ceux que cela intéresse, toujours à propos des sécheresses, le CANTIQUE DES CANTIQUES, qui lui aussi nous dévoile ce chemin qu'emprunte l'âme pour s'unir à son roi, nous décrit l'état de douleur dans lequel se trouve l'âme à la recherche de son Dieu :


TROISIEME POEME

1. Dans la longueur des nuits, sur mon lit, j'ai cherché mon cher Amour, celui que tout mon être adore. Je l'ai pas trouvé. Je le recherche encore.
2. Il faut que je me lève et parcoure la ville, ses ruelles et sa place, et jusqu'à son marché.
Je chercherai Celui que tout mon être adore. Je ne l'ai pas trouvé.
Je le réclame encore.
3. En chemin, j'ai croisé la ronde des vigiles : «Avez-vous rencontré celui que mon coeur aime ?»
4. Juste après les avoir dépassés, ô surprise, j'ai retrouvé Celui
que tout mon être adore !
Je l'ai saisi. Jamais je ne lâcherai prise sans l'avoir i où a mère a
vécu, dans cette chambre même où elle m'a conçue.

Lui :
5. Ô je vous en supplie, filles de Jerusalem : par le Dieu des
gazelles et des biches fringantes, surtout, n'éveillez pas la
compagne que j'aime !
Ne la réveillez pas avant qu'elle y consente !

Le poète :
6. Quelle est cette arrivée remontant du désert, colonne de
nuée, volutes parfumées par la myrrhe et l'encens, les parfums
étrangers ?

7. C'est le Roi de la Paix dons voici la litière : elle est bien
escortée par soixante héros,
8. l'élite d'Israël initiée à la guerre.
Ils ont tous une épée fixée à la ceinture, pour vaincre les dangers
des nuits les plus obscures
9. Le Prince de la Paix s'est fait un palanquin
10. en vrai bois du Liban, aux colonnes d'argent.
Le dossier est en or, de pourpre les coussins, grâce aux filles de
Sion, à l'amour diligent.
11. Sortez et contemplez, jeunes filles de Sion, la venue en
personne du grand roi Salomon : sa tête est couronnée de la couronne même dont le nimba sa mère au grand jour de ses noces, jour de joie de son coeur, joie de fête suprême.





1. Dans la longueur des nuits, sur mon lit, j'ai cherché mon cher Amour, celui que tout mon être adore. Je l'ai pas trouvé. Je le recherche encore.

2. Il faut que je me lève et parcoure la ville, ses ruelles et sa place, et jusqu'à son marché.
Je chercherai Celui que tout mon être adore. Je ne l'ai pas trouvé. Je le réclame encore.


L'amour de l'Epouse est maintenant assez intense pour lui donner des insomnies ! Sa solitude est habitée sans
cesse par cette absence
et cette recherche passionnée de Dieu-Epoux, au coeur de la Palestine retrouvée, ou de l'Eglise (le lit) .

Malgré toutes ses recherches, l'impression d'absence persiste. En réalité, le Bien-Aimé n'a peut être jamais été aussi proche.....Son absence apparente oblige son Epouse à sortir d'elle-même plus que jamais.

Quelle que soit l'avancée de notre vie spirituelle, nous faisons la même expérience. Dès que nous trouvons le Christ, il nous engage dans une nouvelle recherche, il nous entraîne plus loin, il nous dépayse. La découverte du Trésor de nos vies nous dispense de chercher ailleurs. Mais à l'intérieur du Trésor du Christ les découvertes et les recherches
n'ont pas de fin.

L'Epouse perd tout amour-propre : elle ose étaler publiquement sa passion, sans se soucier le moins du monde du qu'en dira-t-on. Elle n'a qu'un nom sur les lèvres :
«Celui que mon coeur aime»(le coeur ici doit s'entendre de tout l'être, toute la personne, d'où l'expression : «Celui que tout mon être adore»).Ce passage a été attribué, dans la Tradition chrétienne, à la recherche anxieuse de Marie et Joseph, à travers les rues de Jérusalem, quand ils avaient perdu Jésus agé de douze ans(Luc 2, 48)

3. En chemin, j'ai croisé la ronde des vigiles : «Avez-vous rencontré celui que mon coeur aime?»

Qui sont les vigiles, au sens spirituel ? Il est difficile de répondre. Peut-être faut-il dire «n'importe qui» ! Aucune créature, pas même un ange, ne peut répondre à la question de l'âme follement amoureuse de son Dieu.Comme Marie-Madeleine au tombeau vide, elle est vraiment hors d'elle-même, incapable de voir ou d'entendre autre chose que son
Bien-Aimé
(Jean 20, 13-15)Toute autre rencontre devient pour elle l'occasion de poser inlassablement la même question, de relancer la même supplication. Le peuple juif et
maintenant, l'Eglise elle-même, doit surmonter sans cesse la déception de ne pas voir encore l'Avènement final de son Dieu (déception eschatologique, vécue surtout pour les juifs à partir du retour d'exil).


4. Juste après les avoir dépassés, ô surprise, j'ai retrouvé Celui que tout mon être adore !
Je l'ai saisi. Jamais je ne lâcherai prise sans l'avoir i où a mère a vécu, dans cette chambre même où elle m'a conçue.

Je l'ai saisi. Jamais je ne lâcherai prise sans l'avoir i où a mère a vécu,dans cette chambre même où elle m'a conçue.

Il faut donc toujours passer au-delà de tout intermédiaire pour que la rencontre entre Dieu et l'âme redevienne possible dans le Christ. La marche incessante vers les noces divines exige un dépassement continuel et radical. Au coeur de la contemplation progresse un renoncement à tout appui inférieur à Dieu lui-même. Au niveau de l'histoire universelle, il faut savoir reconnaître ls signes de la Venue, tout en continuant d'attendre le jourJ et l'heureH.Alors le Seigneur se donne de nouveau, par surprise. Sa venue est toujours nouvelle e toujours gratuite. Elle déclenche un désir de plus en plus grand de ne pas lâcher prise !

Mais attention ! On ne peut pas saisir l'insaisissable, pas plus que les doigts ne peuvent saisir le vent qui passe. Le désir légitime de «saisir » doit laisser place à celui «d'être saisi»
(Ph 3, 12-13)Au fond, c'est bien ce que veut l'Epouse quand elle parle de sa mère. Elle aspire à une nouvelle naissance, non plus de la chair et du sang mais de l'eau et de
l'esprit
(Jean 3, 3-8).Elle sait que son Epoux doit d'abord l'engendrer spirituellement comme une mère. La matrice divine n'est-elle pas alors Marie, la Mère de Dieu et la Mère de l'Eglise ? L'Epouse n'est-elle pas celle qui naît du côté du Christ offert sur la Croix en sacrifice d'amour (Jean19, 34-37)?On peut s'étonner que le Cantique n'envisage pas la fécondité physique des époux. Jamais il n'est question pour eux d'avoir des enfants ! Et
pourtant, nous voyons ici la bien-Aimée revenir avec insistance sur le mystère de la maternité. Pour elle, il est évident que son Bien-Aimé doit se laisser conduire en ce lieu sacré de l'accouchement, comme dans une église !
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