MARTHE ET MARIE

«Heureux les coeurs purs...» (NUIT DE L'ESPRIT)

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«Heureux les coeurs purs...» (NUIT DE L'ESPRIT)

Message par Joss le Lun 9 Mai 2011 - 18:37

SIXIÈME BÉATITUDE (NUIT DE L'ESPRIT)


«Heureux les coeurs purs, car ils verront Dieu» MATTHIEU 5,8


PLUS RIEN DE TERRESTRE

Si nous possédions une plus profonde connaissance des choses, nous connaîtrions l'étroite relation qui existe entre la pureté et la lumière, et peut-être comprendrions-nous, émerveillés, que ce sont deux aspects d'une même réalité. Les Grecs ont trouvé un mot admirablement frappant pour désigner un saint : «hagios» , «sans terre» . Être pur, c'est ne rien posséder de terrestre. Et le terrestre est tout ce qui n'est pas Dieu. Plus nous sommes éloignés des choses basses que symbolise la terre, plus grande et plus parfaite est notre pureté.


LA PURETÉ DIVINE

Dieu est la pureté infinie dont les saints chantent les louanges dans le «sanctus» , car Il est substantiellement et infiniment éloigné de tout ce qui est terrestre. Il se suffit à Lui-même dans sa divine et incomparable simplicité. Dieu est un être sans mélange, une Pensée Pure, un Amour Pur, un Être si pur et si simple qu'Il est «Celui qui est» , sans rien en Lui d'étranger à Lui. Il n'a ni ne peut comporter aucun vestige de la terre, car Il est «Celui qui est» , sans rien d'étranger à Lui. Il n'a ni ne peut comporter aucun vestige de la terre, car Il est «Celui qui est» .

Sa pensée est aussi homogène et aussi simple que son Être. Il parcourt l'Infini sans sortir de Lui-même, vêtu, pour ainsi dire, de la plénitude de son homogénéité.. Renfermant toutes choses en Lui, Il ne renferme que Lui-même, car tout ce qu'Il voit en Lui-même est divin ; c'est Lui.

Son amour , perfectionnement de sa vie, est la consommation de son Être sans mélange. Son essence inaltérée encercle sa vie, pour ainsi dire, sans que puisse pénétrer aucun élément étranger dans son sein qui n'est qu'un point par sa simplicité et qui est immense par la richesse de ses perfections.

Dieu trône si haut au-dessus de la création, sa simplicité est si réfractaire à toute intrusion qu'en Se donnant sans mesure, en Se communiquant sans restriction et en S'abandonnant sans réserve aux créatures, même en des unions si étroites qu'elles nous étonnent, Dieu reste infiniment supérieur aux créatures auxquelles Il S'unit et infiniment éloigné d'elles sans pour cela manquer d'être parfaitement uni à elles.

Il n'y a en Dieu aucun alliage. Le mystère de la Trinité est un mystère de pureté, et l'éternel cantique des bienheureux, qu'entendirent ISAÏE et SAINT JEAN, est un cantique à la pureté par excellence :

«Saint, Saint, Saint» ISAÏE 6,3 ; SAINT JEAN 4,8



DIEU EST LUMIÈRE

Et parce que Dieu est pureté, Il est lumière . SAINT THOMAS D'AQUIN enseigne que l'immatérialité est la base de la connaissance : dans l'ordre naturel, la hiérarchie de ceux qui ont le savoir s'établit d'après la plus ou moins grande immatérialité de leurs connaissances. L'ordre naturel des valeurs place au-dessus d'un élément lumineux tout autre élément dont la luminosité est plus intense. C'est donc les différents échelons de pureté qui indiquent jusqu'à quel degré on s'est éloigné des choses de la terre. Au sommet de tous ces échelons est la Lumière Infinie, parce qu'elle est l'Immatérialité Infinie. En ces hauteurs sans limites, cette Pureté-là s'unit à toutes les autres dans le champ immense de la Simplicité Divine sans jamais se confondre avec elles.

C'est ainsi que l'Écriture dit :

«La lumière luit dans les ténèbres...» JEAN 1,5,

et que l'Église chante pour louer le Verbe :

«Lumière de Lumière» , et qu'elle appelle le Saint-Esprit :

«O lumière bienheureuse».


PAR LA PURETÉ A LA LUMIÈRE

Pour que les âmes baignent dans la lumière, pour qu'elles-mêmes se fassent lumière, il leur faut se purifier. La «justification» , qui est l'absence de tout péché, est un mystère de lumière :

«Jadis, vous étiez ténèbres, mais à présent vous êtes lumière dans le Seigneur» PHESIENS 5,8

Et les âmes, pour se transformer en images de DIEU, passant d'un rayon de lumière à l'autre, doivent monter de pureté en pureté et se transformer en creusets de plus en plus ardents.

Voilà pourquoi la sixième Béatitude a la lumière comme récompense puisqu'elle l'a méritée par la pureté.

«Heureux les coeurs purs, car ils verront Dieu» MATTHIEU 5,8



SIXIÈME BÉATITUDE ET DON D'INTELLIGENCE

Chaque Béatitude correspond à un degré de pureté, et l'âme qui a déjà gravi leurs échelons s'est éloignée bien loin des choses de la terre. Elle s'est épurée si entièrement de toutes les scories qu'elle renfermait et elle s'est formée si efficacement par les aspérités des travaux de sa vie active, qu'elle est maintenant prête à s'ouvrir aux saintes effusions de la lumière. Le temps est donc venu où dans le ciel de l'âme, transparente en sa pureté, le Don d'intelligence doit resplendir comme un astre.

C'est ce qu'enseigne SAINT THOMAS D'AQUIN en parlant de cette Béatitude SAINT THOMAS D'AQUIN IIIa qu. I, a. 4., expliquant que la pureté de coeur signifie non seulement éloignement de toute passion de la chair, ce qui est déjà assuré par une vie parfaite, mais l'éloignement aussi de toute erreur, des écarts de l'imagination, des illusions, en somme de tout ce qu'il faut s'acharner à bannir si l'on veut parvenir à la divine contemplation. C'est ainsi aussi que SAINT AUGUSTIN interprète cette expression pureté de coeur.


VOIR QU'ON NE VOIT PAS

Pour estimer à toute sa valeur cette purification intellectuelle, il faut bien comprendre que la récompense n'est rien moins que la vision de DIEU.

Cette récompense sera notre partage au ciel, car les Bienheureux y connaîtront ce que DIEU est, plongeant leurs regards -rendus plus perçants par la lumière de la gloire- au sein même de l'essence divine, sans toutefois pouvoir jamais embrasser totalement ce trésor infini.

Mais, sur la terre, la suprême vision de DIEU accordée à ceux qui sont parfaits connaître ce que DIEU n'est pas, plutôt qu'à connaître ce qu'Il est, à se rendre compte qu'Il est au-delà de toute contemplation et toute connaissance, et à comprendre d'une façon claire et profonde qu'Il n'est rien de ce qui existe en dehors de Lui. Il est impossible à l'âme de s'élever à cette suprême connaissance de DIEU sans s'être d'abord dépouillée de sa manière humaine d'établir ses connaissances, car cette manière a pour base l'analogie avec les choses sensibles, au-dessus desquelles il faut s'élever pour bien voir que DIEU excède tout ce que notre esprit peut comprendre.



AU-DELÀ DE TOUTE IMAGINATION ET DE TOUTE IDÉE

La foi elle-même, sans l'aide des Dons de science et d'intelligence, ne peut communiquer à l'esprit ce regard supérieur et divin qui permet de voir que DIEU est quelque chose d'incomparable, transcendant toute connaissance et toute créature. Pour en arriver à cette divine vision, l'âme doit se purifierde toute image sensible, de tout processus intellectuel, -tels nos raisonnements et jugement-, c'est-à-dire doit renoncer à utiliser ce qui tombe sous les sens.

Cette purification a commencé dans les étapes antérieures, quand la lumière de la contemplation a commencé à poindre dans l'âme, comme point le jour dans l'aube diaphane. En effet, l'héroïsme dans l'action serait-il possible sans que luise dans l'âme la lumière jaillie de la contemplation ? Mais le plein jour de la contemplation commence à la sixième Béatitude, à laquelle correspond, par conséquent, l'intense et parfaite purification de l'esprit. Par elle, l'âme ira, acquérant petit à petit une connaissance nouvelle, une intuition qui renferme en sa forme simple de merveilleuses richesses, une manière simple de pénétrer du regard les trésors des choses divines et en se rendant de plus en plus pure, de s'avancer de plus en plus dans la lumière inaccessible I TIM. 6, 16. où DIEU habite.



L'ÂME AVEUGLÉE DE LUMIÈRE

Quand l'âme commence à voir ainsi sous l'influence puissante du Don d'intelligence, elle se sent déconcertée. Ses yeux éblouis par la brillante lumière, semblent ne voir que ténèbres , comme la pupille de l'oeil des oiseaux de nuit qui clignote dans l'ombre lorsque le soleil luit.

En vain, la pauvre intelligence humaine, tâtonnant dans l'obscurité, poursuit-elle l'image familière pour s'en saisir ; en vain ses pas vacillants cherchent-ils le sentier battu du raisonnement. Dans les mystérieuses ténèbres, les images manquent et les sentiers ont disparu. Il faut des ailes éthérées pour se mouvoir et des yeux forts pour regarder fixement la lumière.


L'ÉPREUVE DE LA NUIT

Impossible d'expliquer cette transformation qui affecte l'intelligence en ses ramifications les plus profondes : elle n'a aucune analogie avec les autres transformations que nous connaissons d'expérience. Une profonde stupeur saisit l'âme pénétrant dans l'inconnu . Il lui semble que, tout à coup, la lumière s'est éteinte en plein jour. Toutes les choses divines, qui apparaissaient si claires et si belles à ses yeux, ont disparu dans l'éclipse effroyable de la lumière. Dans ces profondes ténèbres l'âme oublie ses propres vérités et n'aperçoit plus ni DIEU ni les créatures.

Et avec l'obscurité, un froid de mort semble pénétrer jusque dans les replis les plus cachés de l'âme interdite. Par une loi inéluctable de notre nature, le coeur doit suivre les oscillations de l'intelligence ; et tandis qu'une aridité désertique paralyse ses affections hier si ardentes et si douces, une impuissance radicale l'empêche de parcourir, comme autrefois, les champs fleuris du bien et de l'amour. Pas un rayon de lumière dans la nuit désolée, pas un son familier dans l'immensité du silence. Ses lèvres ne peuvent formuler une prière et aucune palpitation d'amour ne viendra exaucer son désir.

Où est l'âme maintenant ? La très douce voix qui l'a appelée l'a-t-elle trompée ? Victime d'une terrible illusion ou coupable d'une énorme infidélité, serait-elle tombée des hauteurs dans un très triste abîme d'où elle ne sortira jamais ?

Non, l'amour éternel ne déçoit point car il est la vérité éternelle ; mais toute
purification est douloureuse
. Celle ci surtout, radicale et profonde, qui extirpe du fond de l'âme les derniers des vestiges terrestres.


DOUCE ET TERRIFIANTE APPROCHE

Petit à petit, l'âme sent que Dieu approche dans la Nuée Sainte Elle n'avait jamais soupçonné qu'il en serait ainsi. En ses doux rêves, elle avait vu DIEU à la manière humaine, fait d'enchantement et de douceur. Et dans l'audace de son amour, dans la confiance de sa tendresse, elle avait oublié que son Bien-Aimé est la Majesté infinie . Mais voici que maintenant, elle Le sent grand, immense, incompréhensible, si grand qu'elle se considère comme réduite à rien, qu'elle voudrait disparaître, s'enfoncer dans l'abîme pour ne pas être opprimée par sa Majesté. Elle se voit comme une chose vil devant cette Sainteté Suprême et, honteuse, contemple les haillons répugnants de sa propre misère.

Elle avait souvent constaté son néant, mais elle ne l'avait jamais pénétré si profondément qu'en ce moment où elle le compare avec l'Infini qu'elle aperçoit. Elle avait plusieurs fois tremblé d'horreur au souvenir de ses péchés, mais maintenant qu'elle en évoque, si près de la Sainteté même, le honteux souvenir, elle se sent mourir d'angoisse. Non, cette grandeur ne peut l'aimer, cette Majesté ne peut s'unir à sa misère. Tout ce que peut ce Dieu saint et terrible qui s'approche d'elle , c'est de la châtier, de la repousser. Ainsi pense l'âme qui tremble devant Dieu Infini qui vient vers elle dans les ténèbres. Comment en serait-il autrement si le Seigneur qui approche est Celui dont l'Écriture a dit que :

«Il regarde la terre et elle en tremble ; il touche les monts et ils en sont brûlés»PSAUME 104

Terrible est cette purification où il semble que DIEU en personne vienne arracher de l'âme tout ce qui lui restait de terrestre. Plus les yeux de l'âme se clarifient, plus la lumière céleste les remplit. La grandeur de DIEU prend des proportions gigantesques, sa Majesté se déploie, pour ainsi dire, comme dut se déployer au commencement des temps le firmament incommensurable. Mais la grandeur apparaît convertie en bonté, la majesté en beauté, et l'infini en amour.


QUAND LES TÉNÈBRES SE FONT LUMIÈRE
LIRE CANTIQUE DES CANTIQUES 8

Personne ne pourrait expliquer ce qu'éprouve l'âme dans le fond de son être quand elle voit surgir le Bien-Aimé du milieu des ténèbres qui deviennent lumière, le Bien-Aimé si grand, si beau, si enchanteur, si divin, qu'il semble à l'âme qu'elle le voie pour la première fois. C'est le même à qui elle avait remis son coeur, mais sans le connaître, ni même sans soupçonner la beauté de Son visage, le soleil de Son regard, le ciel de Son sourire, l'océan de Sa bonté et l'abîme de Son amour. Une telle beauté ne peut se contempler sans mourir. Un amour aussi grand que celui que produit la divine vision ne peut être contenu dans le vase fragile qu'est le coeur humain, et l'âme défaille devant l'irrésistible invasion de la lumière et de l'amour.

Ces apparitions sont rapides et fugaces parce que la faiblesse naturelle de l'âme ne pourrait les supporter autrement. Le Bien-Aimé s'éloigne en laissant dans l'âme le feu de la charité et l'ardeur du désir. Puis il revient de nouveau, remplissant l'âme de si célestes délices qu'elle estime bien récompensés tous ses labeurs et tous ses sacrifices.

_________________


Je dors, mais mon cœur veille. Cant, 5, 2

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Re: «Heureux les coeurs purs...» (NUIT DE L'ESPRIT)

Message par Fée Violine le Lun 9 Mai 2011 - 18:45

Les Grecs ont trouvé un mot admirablement frappant pour désigner un saint : «hagios» , «sans terre»
Non, ce n'est pas l'étymologie (dommage, car c'était joli!)
Hagios vient du verbe hazomai (vénérer). Même racine que les mots latins sacer, sanctus (sacré).
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Re: «Heureux les coeurs purs...» (NUIT DE L'ESPRIT)

Message par Nazir le Mar 10 Mai 2011 - 7:21

Bonjour à tous.
Les Grecs ont trouvé un mot admirablement frappant pour désigner un saint : «hagios» , «sans terre» .
Les grecs je ne crois pas. Les rédacteurs de la septante, juifs d'Alexandrie, maîtres, scribbes ou anciens, de culture hélénistique. Il ont écrit en grec "kainos" accessible à tout juif hélénisant de la diaspora (acte d'inculturation) et non pas en grec classic.
C'est semble-t-il cette même expression greque qu'utilisèrent les évangélistes.
Pour le seul vocable agios, j'ai trouvé 52 occurences dans l'AT, sans tenir compte des autres désinances. Si j'en tiens compte, j'en trouve 290. Il s'agit toujours de la notion de sainteté (comme celle de Dieu).

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Re: «Heureux les coeurs purs...» (NUIT DE L'ESPRIT)

Message par Fée Violine le Mar 10 Mai 2011 - 9:37

"koinos", pas "kainos" ! ("kainos" signifie "nouveau". "koinos" signifie "commun", terme appliqué au grec qui était la langue "commune" de l'Orient, la langue internationale).
Sinon, oui, "hagios" signifie "saint".
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