MARTHE ET MARIE

QUELLE CONVERSION ? Père ANDRÉ MANARANCHE théologien

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QUELLE CONVERSION ? Père ANDRÉ MANARANCHE théologien

Message par Joss le Jeu 15 Nov 2012 - 13:01

DES IDÉES COURTES SUR LA CONVERSION CHRÉTIENNE


LA CONVERSION SERAIT LE REJET DU PÉCHÉ


Le converti, dit-on encore, est un homme qui abandonne les frasques de sa vie passée. Certes oui : je ne te dirai pas le contraire.

«Revenez, fils rebelles!» JÉRÉMIE 3, 14,

crie DIEU à son peuple volage, lui demandant à la fois le retour (TESHOUVA, la conversion pour le skieur, le changement de direction à 180°) et le repentir.

Que d'hommes ont concrétisé leur changement de vie en recourant au sacrement du pardon ! Que de jeunes, dans les missions actuelles, profitent - timidement pour commencer, hardiment par la suite - d'une nuit d'adoration et de pénitence pour décharger dans le cœur d'un prêtre tout un monceau de péchés dont l'accumulation devenait étouffante ! L'aveu entraîne la conversion parce qu'il fait découvrir la Miséricorde, donc le vrai DIEU

«dont le propre est de prendre en pitié et de pardonner»,

dit une oraison de la messe. Par la jubilation dont il remplit notre âme, il l'infraction est loin d'être une réussite. Il instaure alors dans nos vies la nous fait réaliser, non seulement que le PÈRE est bon, mais que vraie, sagesse le précepte n'est : pas seulement un ordre impératif, c'est le conseil pour être heureux.

Seulement, il n'y a pas que des péchés moraux, portant sur l'impureté, la déloyauté, la paresse. Le péché est d'abord dans l'aversion que l'on ressent pour DIEU, dans le haussement d’épaules, dans le désintérêt.


CONVERSION DES CŒURS SECS


Il y a des gens qui sont loin d'avoir une vie déréglée et qui, pourtant, ont besoin d'une singulière conversion. Ils ne transgressent pas les exigences : ils s'ennuient avec leur DIEU. Ils veulent bien accepter ses exigences, mais pas son Alliance. Ils pensent qu'ils doivent être corrects, mais que l'amour n'est pas obligatoire. Ils ne veulent pas vivre ce bouleversant cœur à cœur que le Seigneur leur offre, et qui leur semble un supplément facultatif, ou bien une aventure dangereuse, ou encore une impossible folie.

A ce raz-de-marée envahissant, ils préfèrent un bon petit budget spirituel, celui dont ils se servent pour se confesser annuellement, en regrettant leurs incartades, mais pas leur sécheresse.

Dans ce cas, la conversion, ce n'est pas de cesser d’être un pirate : c'est de consentir enfin à devenir amoureux. Cela suppose une découverte de DIEU en ce qu'il a, dans la BIBLE, de plus caractéristique : l'Alliance, la déclaration d'amour, la proposition d'un lien. Les exigences morales sont intérieures à cette relation : elles ne sont pas un os à ronger que le Seigneur jetterait aux gens qui n'ont pas envie de risquer la tendresse, une prestation limitée pour les gens qui redoutent l'infini de la charité.

Bref, ne crois-tu pas que, pour bien des chrétiens qui ont une vie rangée, qui pratiquent régulièrement, la conversion qui leur fait défaut, c'est une conversion à la joie ?


CONVERSION DES ATHÉES


Allons plus loin et parlons des incroyants. On a dit et répété que ce sont leurs indécences, leurs passions débridées, qui les maintiennent loin de l'Évangile. D'ailleurs, ne disent-ils pas, pour se défendre, que les exigences de la morale judéo-chrétienne sont relatives, pernicieuses et démodées ?

Tout cela est vrai, mais pas entièrement.

D'abord, il existe de grands pécheurs qui ont l'humilité et le courage de se confesser régulièrement sans diminuer en rien leur responsabilité, sans invoquer les circonstances atténuantes ou chercher des excuses. Le péché n'est donc pas toujours un barrage, une paralysie : il peut aussi, quand le cœur est bien disposé, devenir l'occasion du repentir. Sans doute est-ce à cela que JÉSUS fait allusion quand il déclare aux chefs religieux d'ISRAËL, drapés dans leur dignité :

«En vérité, je vous le dis, les publicains et les prostituées arrivent avant vous au Royaume de DIEU» MATTHIEU 21, 31
Il ne fait pas ainsi l'éloge de leur inconduite, mais il vante leur ouverture à la miséricorde, il apprécie leur vulnérabilité au pardon. Tu dirais, toi, leur capacité de «craquer». Se convertir, ici, c'est devenir perméable ; c'est s'exposer à une infiltration : tant d'êtres, chantait PÉGUY, ne mouillent jamais à la grâce, parce qu'ils sont comme des marbres sur lesquels l'eau ne fait que couler, sans réussir à pénétrer.

La conversion doit donc se proposer non seulement aux pécheurs conscients de l'être, mais encore plus aux «âmes habituées», et surtout aux stoïques raidis dans leur justice.

Un savant dominicain, le Père FESTUGIÈRE, a écrit sur ce sujet des pages saisissantes. Lui qui connaissait parfaitement l'antiquité grecque, il a remarqué que l'obstacle au christianisme s'est trouvé autant dans les vertus des païens que dans leurs vices les plus honteux.

C'est encore vrai aujourd'hui. La vertu n'est pas en cause, mais la manière de la porter, de s'en revêtir.

On s'oppose alors résolument au salut de DIEU, à sa grâce, à son pardon. On se débrouille tout seul, on ne relève que de sa conscience. Et l'on s'en prend à ces pauvres chrétiens, que la pratique régulière ne rend pas meilleurs, il s'en faut ! L'on raille le recours trop facile - qu'en sait-on ?

Qu'en savais-tu, cher JACQUES BREL, quand tu chantais :

«C'est trop facile d'entrer dans une église...de déverser toutes ses saletés...face au curé qui, dans la lumière grise..ferme les yeux pour mieux vous pardonner» ?

à ce sacrement du pardon qui vous rassure à bon marché sans réussir à vous transformer. La conversion ici, c’est de renoncer à sa suffisance orgueilleuses, c'est de ne plus se décerner des brevets de vertu, c'est de cesser de vivre en vase clos face à son miroir, c'est de reconnaître la sublimité du repentir. C'est de ne plus dire au Sauveur, avec une moue méprisante :

«Merci non. Je n’ai absolument pas besoin de vos services».

Pas facile. Il faut pour cela une nouvelle naissance. La conversion, c'est, pour un adulte sûr de lui, l'esprit d'enfance.


CONVERSION DES CŒURS ESSOUFFLÉS


On trouve aussi des gens qui, sans avoir fait avec DIEU le budget minimum dont je viens de parler, sans s'être fait vacciner contre la folie amoureuse, sans pratiquer résolument la limitation des croissances, vivent dans une platitude et une morosité spirituelles dont ils ne prennent pas leur parti, mais dont ils ne voient pas comment sortir.

Bien sûr, ils font des péchés, comme tout le monde, mais ce n'est pas d'abord cela qui les désole : c'est la mer d'huile, c'est l'absence de Vent dans les voiles.

Je crois que les «missions paroissiales», celles du XVIIème siècle et celles du XXème, ont pour but de redonner le SAINT-ESPRIT à des cœurs essoufflés, de provoquer en eux une relance. Pour les sortir de la morosité et leur procurer un dynamisme, on leur rappelait autrefois, non sans grandiloquence, ce qu'on appelait les «grandes vérités» : la mort, le ciel et l'enfer.

Aujourd'hui, il faut renouveler la manière et, sans doute, moins terroriser les consciences. Mais il importe de rappeler les grands enjeux de l'Alliance entre DIEU et l'homme, qu'un «métro-boulot-dodo» abrutissant risque de faire oublier : déjà, dans la BIBLE, au temps des rois d'ISRAËL, la construction des aqueducs, la préparation des batailles et le jeu des ambassades occupaient tellement le devant de la scène et absorbaient tellement les esprits qu'ils en oubliaient l'histoire sainte, la vraie.

Pour cela, point n'est besoin de tabler sur la peur panique : la seule crainte qui soit chrétienne, c'est la crainte de ne pas assez aimer, la crainte qui ne remplace pas l'amour mais qui est le fruit de l'amour :

«Ne permets pas que je sois séparé de toi ».

Dans ce cas, qui est peut-être le tien, la conversion, c’est la réanimation.

Aujourd'hui comme hier, la prière, les sacrements, l’ascèse sont les grands moyens dont dispose le chrétien pour recevoir sans discontinuer l’oxygène de l’ESPRIT.

Tu me diras que, de nos jours, la mission vise plutôt des conversions radicales, celles qui arrachent l'homme au non-sens et aux évasions les plus diverses (ésotérisme, sexe, drogue). C'est vrai, surtout pour les plus jeunes, dont beaucoup n'ont eu aucune formation chrétienne et pour qui tout est neuf dans la foi.

Pourtant, même dans ta génération, il y a des gars et des filles pour lesquels se convertir, ce n'est pas sortir du gouffre ni revenir de loin, mais simplement respirer leur christianisme. Les anciens disaient, au IIème siècle :

«Vivre hautement pour DIEU»,

moyennant l'altitude et la plénitude.

Ne vis pas à moitié : exploite jusqu'au bout ton capital génétique baptismal. Non, DIEU n'est pas un gaz asphyxiant : c'est le grand air de l'organisme, qui nous élève au-dessus de la zone polluée, c'est-à-dire au-dessus de la médiocrité.

Tu vois que la conversion n’est pas uniquement fonction du péché caractérisé : elle se définit moins par le refus que l’espérance , moins par le rejet que par l’appel. La prédication évangélique fait plus que nous arracher à l’abîme : elle nous happe vers le haut. Nous serions incapables de fuir SATAN si JÉSUS ne nous appelait pas à le suivre. Le mouvement, ici, est entièrement positif : ce qui nous meut, ce n'est pas le dégoût mais le goût ; ce n’est pas la répulsion mais l’attraction. Voilà pourquoi le christianisme n’est pas une évasion, comme le disent beaucoup de gens, pour lesquels c’est avant tout le danger qui nous motive négativement. Le salut chrétien, ce n'est pas un sauve-qui-peut qui précipite chacun vers son bout de radeau et fait s’y agripper d'une façon frénétique : c'est une attraction, une véritable séduction.

Le grand SAINT AUGUSTIN passe son temps à nous le répéter : plus encore que l'homme tout court, qui suit la trajectoire de son plaisir, le chrétien est tracté par sa volupté, qui est JÉSUS-CHRIST ; car JÉSUS fonctionne comme une joie véritable. Le crois-tu ? Le vis-tu ?


CONVERSION ET SACERDOCE

Il est une autre manière de se convertir qui n'est pas d'abord liée au péché mais à l'appel entrevu : c'est de se transporter à la hauteur d'une vocation, ou de s'y laisser porter par l'ESPRIT. Je t'en parle parce que cela m'est arrivé.

Pour les gens, la vocation (du prêtre, du marin, du médecin) n'est qu'un flair, un instinct irrésistible, un destin plus fort que l'homme : aucun problème spirituel proprement dit, aucun acte de liberté, aucun mérite, même si le travail est admirable. C'est du paganisme pur et simple.

Pour certains chrétiens - certains théologiens - le sacerdoce est avant tout fonction des besoins de l'Église (certes !), mais sans qu'intervienne un appel intérieur : la Hiérarchie désigne des volontaires et leur assigne un travail impératif qui n'a rien à voir avec leurs états d'âme, un point c'est tout. Le chatouillement intime, c'est bon pour les moines, qui «se paument» en DIEU sans aucune responsabilité...

Je ne partage absolument pas cette conception technocratique du ministère : le concile VATICAN II non plus, et JEAN-PAUL II pas davantage, lui qui, à ARS, en octobre 1986, suppliait les prêtres de ne pas tout réduire à l'aspect fonctionnel.

Bien sûr, l'Église a besoin du prêtre pour excuser une fonction essentielle : représenter le CHRIST comme Tête de l'Église. Mais, quand le service consiste à prêcher l'Amour, à donner l'Amour, il n'y a que l'ami qui puisse être un bon serviteurJEAN 15, 15.

Tu n'as pas besoin d'une motion intérieure pour t'embaucher chez PÉCHINEY, ni d'une affection pour le patron de l'entreprise : il suffit que tu veuilles exercer un métier et qu'on t'accepte pour une tâche précise, moyennant un contrat limité.

Mais l'Évangile, lui, suppose des passionnés. Voilà pourquoi, dans la BIBLE, tous les prophètes, tous les apôtres, tous les chargés de mission, reçoivent un appel particulier où l'ange ne survient pas avec un projet imprimé sur papier, avec un programme à signer («lu et approuvé, le tant à tel endroit»), mais avec une demande orale bien plus fondamentale : dire à DIEU un oui inconditionnel. Après, on verra, on recevra les consignes à mesure, mais ces consignes ne font pas l'objet d'un contrat : ce qui est exigé, c'est une oblation de tout l'être, non une prestation déterminée.

Voilà pourquoi il n'y a pas de vocation sans conversion, ni de conversion sans vocation.

Moi qui t'écris, j'ai reçu mon appel en deux fois, mais, à chaque fois - à la seconde surtout - j'ai eu la certitude que je commençais vraiment à croire pour de bon. C'est ce qui s'est produit pour les apôtres au bord du lac : leur histoire ne s'est pas déroulée en deux temps (d'abord croire en JÉSUS, plus tard le seconder pour un travail déterminé) ; elle s'accomplit en un seul acte : «suivre».

L’apostolat n'est pas une simple embauche : c'est une disponibilité absolue.

Inversement, croire, ce n'est pas se faire une opinion : c'est se mettre en route «avec» Quelqu'un. Les deux choses ne sont pas séparables.

Tu vois que là, la conversion n'est pas fonction du péché : elle est fonction... de la pêche des hommes.

* * * * *


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Re: QUELLE CONVERSION ? Père ANDRÉ MANARANCHE théologien

Message par gerardh le Jeu 15 Nov 2012 - 18:17

______

Bonjour,

La conversion, c'est passer de la mort à la vie en acceptant Jésus comme sauveur personnel.


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Re: QUELLE CONVERSION ? Père ANDRÉ MANARANCHE théologien

Message par Joss le Jeu 15 Nov 2012 - 18:48

.... Mais on se convertit tout au long de sa vie et on doit (ou devrait) Mais on se convertit tout au long de sa vie

La conversion doit donc se proposer non seulement aux pécheurs
conscients de l'être, mais encore plus aux «âmes habituées», et surtout
aux stoïques raidis dans leur justice.

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Re: QUELLE CONVERSION ? Père ANDRÉ MANARANCHE théologien

Message par gerardh le Jeu 15 Nov 2012 - 20:52

________

Bonsoir,

Non : on se convertit une fois pour toutes. Ou alors c'est que nous n'avons pas la même acception du mot conversion.


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Re: QUELLE CONVERSION ? Père ANDRÉ MANARANCHE théologien

Message par Joss le Jeu 15 Nov 2012 - 20:59

.... Pas pour un catholique... Pour nous la nécessité de se convertir est permanente

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Re: QUELLE CONVERSION ? Père ANDRÉ MANARANCHE théologien

Message par Lisaya le Ven 16 Nov 2012 - 10:49

Il y a alors deux sortes de conversion.
- Celle qui est théorique et spirituelle : changement de religion et croyance en Dieu.
- Celle qui est confirmée par nos actes : c'est alors un chemin et un apprentissage de tous les jours et qui dure toute notre vie, jusqu'à notre mort.

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Re: QUELLE CONVERSION ? Père ANDRÉ MANARANCHE théologien

Message par gerardh le Ven 16 Nov 2012 - 11:00

_______

Bonjour Lisaya,

Le deuxième sens que vous décrivez, c'est pour moi la marche chrétienne ou encore la course chrétienne, dans la recherche de la sainteté pratique : pour moi, c'est autre chose que la conversion.


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Re: QUELLE CONVERSION ? Père ANDRÉ MANARANCHE théologien

Message par Joss le Ven 16 Nov 2012 - 13:18

OK... On peut voir ça comme ça

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CONVERSIONS - MARIE DOMINIQUE MOLINIÉ, théologien

Message par Joss le Dim 25 Nov 2012 - 19:25

gerardh a écrit:Bonjour,

La conversion, c'est passer de la mort à la vie en acceptant Jésus comme sauveur personnel.

EXTRAITS du Père MARIE DOMINIQUE MOLINIÉ, théologien
CONVERSIONS

En gros, la Sagesse de l'Église a reconnu l'existence de trois phases discontinues dans la vie spirituelle, dans la vie chrétienne que, justement, nous ne pouvons pas provoquer pas plus qu'une chrysalide ne peut devenir papillon par ses efforts pour être une bonne chrysalide. Tout ce qu'elle peut faire c'est d'améliorer sa situation de chrysalide et c'est tout. Et si elle s'imagine que ca va bien comme ça elle résiste tout en essayant d'être une bonne chrysalide elle résiste à la transformation, elle résiste à la venue de ce qui doit venir.

Et c'est pour cela qu'il faut quand même mettre les points sur les i pour que ces enseignements soient compris et pour que je puisse répondre d'une manière plus satisfaisante encore, j'espère, à cette question : qu'est-ce qu'il faut faire pour atteindre la douceur de DIEU ?

PREMIÈRE CONVERSION


Il y a une PREMIÈRE CONVERSION en gros qui peut se caractériser par la décision aisée, libératrice et non pas tendue, inquiète et crispée de la volonté, la décision de se donner tout entier, tout entière au service de DIEU. Ce qui se traduira très normalement et très facilement par une vocation religieuse mais qui peut tout aussi bien se traduire par la persévérance dans l'état où l'on a été mis dans le monde, parce que cette découverte on peut très bien la faire une fois qu'on est sérieusement, solidement engagé dans le monde et en particulier dans la vie de famille. Peu importe, mais le bouleversement est analogue, voilà ce que je veux dire. Pour qui que ce soit, dans quelque situation, dans quelque condition qu'il soit, découvrir que DIEU réclame tout et qu'il faut vraiment lui donner tout ; se mettre à son service comme un soldat au service d'un capitaine mais alors absolu. C'est aussi bouleversant que la découverte de la vocation, c'est un peu la même chose. La découverte de la vocation religieuse peut se faire avec des pressentiments de ce qui viendra par la suite, ça c'est une autre affaire. Mais elle peut se faire aussi purement et simplement par cette évidence qu'il faut se donner tout entier à DIEU et alors après le plus simple, dans certains cas, ne serait-il pas de répondre à l'appel des conseils évangéliques, ce qui est une autre affaire. Mais ce n'est pas du tout des conseils évangéliques que je vais vous parler ici. Mais je veux dire que dans une vocation religieuse il faut distinguer deux choses : le fait de se sentir appelé dans telle ou telle famille [jésuites, bénédictins, carmes, franciscains, salésiens....] et à suivre les conseils évangéliques : ça c'est un point qui est personnel et propre à l ' individu et puis il y a la radicalité et l'absolu du service de DIEU : ça tout chrétien devrait le comprendre un jour ou l'autre.

Seulement je plaindrais les prédicateurs qui s'évertueraient à prendre leurs ouailles par la peau du cou pour leur dire : comprenez qu'il faut servir DIEU par-dessus toutes choses ! Mais non, c'est le fuit d'une conversion. C'est le fruit d'un regard du CHRIST qui transperce MATTHIEU le publicain, qui ne lui fait pas de grands discours, qui lui dit :

«viens, suis-moi !»

Celui qui a compris cela comme les apôtres n'a encore rien compris à l'amour du CHRIST ou à peu près. Il est entré dans la maison où bien des surprises l'attendent. Parce que le Maître au service duquel il s'est enrôlé n'est vraiment pas un Maître comme les autres....

Et c'est justement là une des fautes de beaucoup de chrétiens de vouloir servir JÉSUS-CHRIST comme on sert les autres maîtres, avec beaucoup de générosité.

«Je donnerai ma vie pour toi»,

«oui, mais c'est pas ça que je te demande, je te demande de m'aimer»

«mais qu'est-ce que ça veut dire enfin JÉSUS ?

«C'est autre chose, nous allons nous expliquer là-dessus le jour où tu auras suffisamment séché dans l'attente» (rires de l'auditoire).

DEUXIÈME CONVERSION


Alors, deuxième visite, en gros, DEUXIÈME CONVERSION se caractérisant par la découverte de l'intimité avec DIEU. Je pense, j'espère que pas mal d'entre vous, sinon toutes, sûrement toutes l'ont découverte, par conséquent sont capables d'apprécier la différence entre les deux, c'est quand même pas tout à fait la même chose.

Donner toutes ses énergies à DIEU, c'est une chose, et c'est une chose surnaturelle qui suppose déjà une lumière surnaturelle, mais découvrir que DIEU nous assiège d'un désir d'être dans une intimité perpétuelle avec nous, qui ne s'arrête à aucun moment, c'est encore autre chose, et c'est justement ce que PIERRE a découvert à ce moment-là, au moment où il s'est effondré en larmes...... d'où une différence de ton dans la proclamation du programme lorsque, peu de temps après, le CHRIST lui demande :

«PIERRE m'aime tu ?»

Car, à ce moment-là, il n'est plus question de claironner en majeur :

«je donnerai ma vie pour toi»

mais de murmurer en mineur :

«tu sais bien que je t'aime». (...)

Je n'élève plus la voix, je suis trop heureux de me taire à côté de toi. Tu m'as visité une deuxième fois.

Et alors, quand on en est arrivé là, on n'a encore rien compris... Voilà ce que nous dit la tradition de l'Église.

Qu'est-ce qu'on n'a pas compris ? Ah voilà. Ce qu'on n' a pas compris c'est que cette intimité avec DIEU, que nous découvrons, que nous commençons à expérimenter, à laquelle nous voulons être fidèle, n'est en nous qu'une petite graine, la plus petite de toutes les graines et que, pour le moment, la situation des forces est nettement encore en faveur de quelque chose d'autre qui s'appelle la loi du péché, la loi de l'orgueil. Et qu'entre cet orgueil et cette douceur de l'intimité divine ce n'est pas la paix qui vient d'être déclarée, c'est la guerre, une longue guerre, une guerre d'usure.

En un sens, après la PREMIÈRE et même encore après la DEUXIÈME CONVERSION, on a encore droit - vous comprendrez ce que je veux dire, on n'a jamais le droit de pécher - mais je veux dire on a encore le droit de commettre tous les péchés du monde tout en espérant être converti de la première et de la deuxième conversion.

Seulement, alors réciproquement, ce n'est pas parce qu'on a connu la DEUXIÈME CONVERSION, ou qu'on pense avoir connu l'intimité de DIEU, (je dis PREMIÈRE, DEUXIÈME : attention à ne pas chercher de numéros dans vos têtes puisqu'il y en a en fait des multitudes de conversions) mais que ces trois paquets de conversions si vous préférez, trois séries de conversions, c'est une manière de mettre un petit peu d'ordre là-dedans, de reconnaître des phases plus décisives que les autres, eh bien même une fois qu'on a reconnu qu'il vous est arrivé quelque chose, ce n'est pas de la prétention de la part de PIERRE d'avoir pris conscience qu'il s'est effondré en larmes au moment de la PASSION et puis que depuis ce moment-là il est changé, oui, ça il n'y a pas de doute il est changé, ce n'est pas de la prétention ni de l'orgueil que d'avoir constaté ça, que ce n'est plus le même qu'avant, probable qu'il devait le dire et le sentir. Eh bien si après ça PIERRE s'était mis encore à commettre des fautes graves, on aurait pu lui dire : qu'est ce que c'est cette histoire-là ? Tu prétends avoir le coeur changé ! Tu vois bien que tu continues comme avant ! Eh bien non ! c'est normal.

Tout est possible, toutes les catastrophes sont encore possibles, tant qu'on n'a pas atteint la dernière conversion, celle que j'ai appelée «LA MORT DU VIEIL HOMME», laquelle mort nous est administrée par l'amour de DIEU.

Et alors, quoi faire ?

Eh bien, comprenez-moi. Je vous dis : si vous êtes fidèle si peu que ce soit au petit programme de vie religieuse qui est le vôtre, soyez très modeste, très simple : DIEU va se déchaîner, voilà. Il va se déchaîner.

TROISIÈME CONVERSION


Il va déchaîner sa douceur. Il ne va pas déchaîner sa violence. Mais il va avoir une action extraordinairement intense, une action de chirurgien extrêmement intense. Il va utiliser tout à votre service y compris et d'abord le démon et tout ce qui peut contrarier son action, c'est surtout ça qu'il utilise, c'est sa spécialité si je peux dire et c'est sa joie d'utiliser tout ce qui peut le gêner pour que ça aille encore plus vite.

Ce n'est pas une raison pour vous mettre à pécher tranquillement, non. Vous me comprenez. Parce qu'il va utiliser aussi et d'abord et surtout l'attente fidèle, le désir sincère qui normalement doit se traduire par un certain effort pour ne plus pécher. Il va utiliser tout ça intensément.

Alors je ne peux pas vous dire ce qu'il y a à faire sans avoir d'abord prévenu de ce qui va se passer et à ce moment-là, une fois que je vous ai bien expliqué que DIEU va agir très intensément, je vous dis : l'essentiel c'est de vous adapter à cette action.

Vous entrez à l'hôpital. Cette maison, comparons-là à un hôpital n'est-ce pas, hôpital spirituel. Vous entrez à l'hôpital parce que vous voulez servir DIEU, ou parce que, mieux encore, vous avez découvert que c'est dans cet hôpital que se développe l'intimité avec DIEU. Parfait. Alors vous arrivez là-dedans et vous demandez : qu'est-ce qu'il faut faire ?

Faites attention ! Il y a des services qui fonctionnent dans cet hôpital. Ne vous imaginez pas que vous allez vous promener dans les jardins ou dans les salles comme ça. Vous allez subir un certain nombre d'interventions chirurgicales. C'est pour cela que vous êtes là quand même. Alors tâchez de ne pas trop faire attendre le chirurgien.

«Oh là là, mais ces opérations, ça ne me rassure pas du tout !» (rires de l'auditoire).

Eh bien vous avez la SAINTE VIERGE ; vous avez vos soeurs ; vous avez l'Église, vous avez les sacrements ; vous avez toutes sortes de gens et de choses qui sont là pour vous rassurer. Et puis vous avez les rayons. Ah c'est très important ça. Le service des rayons, c'est la prière : soigné aux rayons de l'amour de DIEU ! Et comme toutes les séances de rayon, c'est plutôt ennuyeux. On s'ennuie passablement.

Alors on occupe le temps, on vous occupe le temps, au début, en vous remettant des prospectus sur la nature du traitement, c'est-à-dire qu'on vous explique ce que c'est que l'amour de DIEU, pourquoi Il a fait tout ça, ce que c'est que l'Évangile : vous avez de quoi vous occuper.

C'est drôle bien sûr, mais c'est quand même tragique aussi de voir des gens qui passent leur temps à lire des prospectus, sans se douter qu'ils vont d'abord à la prière pour subir une RÉALITE et non une idée, et une réalité qui s'appelle : le rayonnement. Et qui normalement, si cette réalité existe, il doit y avoir un moment où l'on doit sentir que ça chauffe un peu et que ce n'est pas la peine de passer son temps à regarder les prospectus, mais qu'il vaut mieux se laisser pénétrer par cette chaleur de l'amour de DIEU, tout doucement, tout simplement.

Tout ça sont des réalités, ce ne sont pas des idées. Alors au début, quand le rayonnement est faible ou que la carcasse est encore trop épaisse pour sentir, pour être vulnérable à cette chose là, alors on prend des «albums illustrés» pour s'occuper comme dans la salle d'attente, c'est-à-dire on prend des livres de méditation, ça ne va pas plus loin. J'ai la plus grande estime pour la théologie, c'est ma spécialité, il faut bien que j'en fasse, mais qu'est-ce que dit SAINT THOMAS ? A peu près la même chose que moi dans des termes pas plus nobles en fin de compte : «de la paille ! Laissez- moi tranquille».

Alors, voyez, c'est très décevant ma réponse, c'est très décevant, mais c'est volontairement décevant. Si ça vous inquiète encore de ne pas savoir quoi faire pour atteindre cet amour de DIEU, c'est que vous n'avez pas encore compris à quel point DIEU vous aime. Alors j'essaye de vous le faire comprendre, de vous dire : renversons un peu les rôles, si vous voulez bien. Parlons de ce qu'Il fait Lui, même quand vous dormez. Alors, je vous en prie, réveillez-vous ! Précisément parce que la lumière approche, mais quelle lumière ! Et alors ne vous demandez pas combien d'ampoules électriques vont être nécessaires pour faire un effet de lumière alors que l'Aurore arrive : tout vos efforts c'est ça : des petites loupiotes. Qu'est-ce que c'est que cette histoire-là ? Les temps sont proches. Tout ça arrive à une terrible vitesse. En tout cas, dans votre coeur et dans votre âme,

«Il est plus tard que vous ne croyez»,

comme le disait le CURÉ D'ARS, je crois.

Je ne dirai pas qu'un saint est quelqu'un qui se convertit tous les jours, mais quelqu'un qui s'est établi dans l'état de conversion perpétuel.

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Je dors, mais mon cœur veille. Cant, 5, 2

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Re: QUELLE CONVERSION ? Père ANDRÉ MANARANCHE théologien

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