MARTHE ET MARIE

Un peu de légèreté dans ce monde de brutes

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Un peu de légèreté dans ce monde de brutes

Message par Souricet le Mar 29 Mai 2007 - 8:12

« Être léger, c’est un luxe, l’un des seuls qui nous restent. Cultivons-le ! »

Sacha Guitry disait: « Citer les pensées des autres, c’est souvent regretter de ne pas les avoir eues soi-même ! Et c’est un peu en prendre la responsabilité. » J’ajouterai quant à moi : c’est aussi en capter le talent, car si l’on considère notre planète, rien de plus rare que l’esprit. Evoque-t-on, tels des sports nationaux, la cocasserie chinoise, la facétie japonaise, le burlesque scandinave, l’hilarant arabe, le comique angolais? Evidemment non. Il n’y a de valeurs sûres que l’humour anglo-saxon, l’humour juif new-yorkais, et l’esprit français ; tandis qu’au fronton du théâtre de Copenhague demeure gravée cette sentence: « Pas seulement pour s’amuser. » Bigre! Savourons donc Voltaire, Beaumarchais, Diderot, Fontenelle, Feydeau, Labiche, Tristan Bernard, Alphonse Allais ou Courteline, lequel commença l’un de ses courriers à en-tête du ministère de l’Intérieur et des Cultes par cette phrase:
« Cher Monsieur, en réponse à votre honorée du tant, j’ai l’honneur de vous dire que/e m’en fous complètement. »
L’humour anglais est moins aisé à saisir. Assurément, il y a du solide, comme lorsque l’on demande à Churchill le secret de sa merveilleuse santé. Il répond: « Le sport! je n’en ai jamais fait. » Mais il y a aussi cette vapeur britannique, cette sorte de parenthèse : un «really? », un « Oh, my God! », une attitude, un silence ou bien encore un nonsense qui laissent le cartésien perplexe. «On » vous glisse ça comme ça. Si vous passez à côté, c’est vous, l’idiot. Et c’est plein de charme.
L’esprit français, en revanche, on le retrouve partout : la malice, l’insolence, la pirouette, la riposte, la flatterie, l’esquive, le libertinage, l’ironie, la muflerie, la raillerie, etc. Exemple: « Comment M. de Talleyrand est-il devenu aussi riche? » s’enquiert-on un jour auprès d’Aimée de Coigny. Réponse de la duchesse: « C’est tout simple: il a passé sa vie à vendre ceux qui l’avaient acheté! »
Peut-on rire de tout ? Beaumarchais a répondu allègrement à cette question par la bouche de son Figaro. J’ai, quant à moi, trouvé dans Guitry cette pensée: « Etre léger, visiblement, c’est opposer la grâce à la mauvaise humeur. C’est inquiéter les hypocrites. C’est démasquer les imposteurs. C’est confondre les méchants. Etre léger, c’est un luxe, un des seuls qui nous restent. Cultivons-le... » Et de fait, en ces temps de confrontation religieuse où la visite d’un pape en terre d’Islam apparaît à certains comme un quasi-blasphème, alors que les voyages accomplis par son prédécesseur étaient considérés comme autant de gages de paix, sans doute est-il bon de se ressourcer à la fraîcheur mais aussi à l’insolence et au courage de l’esprit. Beaumarchais, au quatrième acte du Mariage de Figaro, à la fin du monologue, ose écrire: « Auteur espagnol, je crois pouvoir y fronder Mahomet sans scrupules. A l’instant, un envoyé de/e ne sais où se plaint de ce que j’offense dans mes vers la Sublime Porte, la Perse, une partie de la presqu’île de l’Inde, les royaumes de Barqah, de Tunis, de Tripoli, d’A lger, et de Maroc. Voilà ma comédie flambée pour plaire aux princes mahométans dont pas un, je crois, ne sait lire, et qui nous meurtrissent l’omoplate en nous disait: "chiens de chrétiens !"» Ecrivez cela aujourd’hui, vous aurez une bombe chez vous tout de suite. Ce texte date de la fin du XVIII’ siècle. Et l’on dit que Beaumarchais a provoqué la Révolution ? Quelle rigolade I En cette seconde même, voyageant dans l’espace et le temps, je me sens poétiquement monarchiste...
La repartie, c’est le diamant de l’échange entre les hommes: « Ote-toi de mon soleil », dit le philosophe à l’empereur. Vingt-quatre siècles plus tard, une dame âgée s’approche de Henry Kissinger et lui lance avec exaltation : « Merci, merci Dr Kissinger, de sauver chaque jour la paix du monde ! — Oh, vous savez, répond l’intéressé, je n’ai rien fait d’autre que ce que n’importe quel génie aurait fait à ma place. » L’esprit a besoin d’un partenaire pour s’exercer. Dans ce dialogue, la repartie — qu’elle soit bienveillante, ironique ou cruelle -est un sommet. C’est le point culminant de la conversation : celui où l’on cloue le bec à un interlocuteur en lui ôtant la possibilité d’avoir le dernier mot. Nous allons vivre cela très bientôt, du moins je l’espère, lors de la campagne présidentielle.
Pour ma part, je me suis toujours refusé à participer publiquement à une quelconque action politique, et particulièrement électorale, estimant que nous n’avons pas, nous acteurs, à nous mêler de ces choses-là. Nous avons la chance, c’est le hasard qui nous y a portés, d’être marginaux, en dehors de la société logique, celle des affaires de la cité et du politique. C’est un luxe, là aussi, tout comme la légèreté chère à Sacha Guitry. Cependant, actualité oblige, je ne résisterai pas au plaisir de vous proposer un petit jeu où vous pourrez à votre gré, en lieu et place des héros de l’historiette qui va suivre, glisser les noms de certains prétendants à notre prochaine élection présidentielle. L’affaire se passe en Angleterre, à l’époque de la reine Victoria.
« M. Disraeli, quelle différence faites-vous entre un malheur et une catastrophe ? » demande la souveraine à son Premier ministre.
« C’est très simple, Madame: Gladstone tombe dans la Tamise... c’est un malheur. On le repêche... c’est une catastrophe. »

Jean Piat
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Souricet
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